Nanosciences et méga peurs

Film de J.Doniol-Valcroze, 1971
Les nanotechnologies font en ce moment l’objet d’un débat public. On y apprend qu’elles s’insinuent déjà partout et ont toutes raisons d’inquiéter. Car il en est ainsi de toutes les sciences qui ont des applications, les techniques, qui peuvent être bonnes OU mauvaises selon la vocation qu’on leur donne mais, et c’est plus redoutable encore, bonnes ET mauvaises tout à la fois.
Si on y associe l’univers de la génétique, ce qui ne semble pas improbable, on a tout lieu d’être troublé.
Rien de techniquement fameux ne s’est inventé que des homme n’aient, de longue date, imaginé. De Vinci à Cyrano, un siècle a suffi pour préfigurer la conquête spatiale que mon siècle a vécu, et l’ordinateur portable que j’utilise aujourd’hui était en quelque sorte annoncé par la machine que Blaise Pascal réalisa.
On peut raisonnablement penser, connaissant la nature humaine, que de nouveaux Frankenstein transgresseront sans scrupule toutes les règles qui assurent à l’être humain son intégrité physique, spirituelle et morale. Mais surtout son unicité.
Si les armées rêvent de robocops et autres bladerunners, bien des gens rêvent d’enfants parfaits et d’une réponse médicale illimitée à tous les maux, ce qui laisse présager bien des possibles dont le clonage n’est pas le moindre.
Sans doute existe-t-il ici et là des comités d’éthique qui visent à protéger et notre Terre, et notre Humanité. Mais ce qui s’applique sous nos cieux ne s’applique pas encore sous d’autres. Les cyborgs d’Isaac Asimov vont-ils bientôt nous rattraper ?
J’ignore si le débat que j’évoque fait grand bruit : il mériterait un tapage, puissent mes lecteurs s’en inquiéter…. On ne peut pas TOUT accepter.
Aimer son Ennemi
Dans la tonitruance médiatique des célébrations de Berlin, Arte nous a servi ce soir un de ces contre-exemples qui invitent à la réflexion sur la réalité des choses. Certes son titre assez ridicule “la prison de l’amour” ne laissait rien supposer de la qualité de ce film allemand de Connie Walther (qui sera rediffusé le 15 novembre) et qui nous dit-on scandalisa – on peut a priori les comprendre- les victimes de la Stasi.
Il s’agit là d’une histoire improbable et pourtant vécue qui défie notre sens commun : celle du coup de foudre réciproque qui saisit dès leur rencontre, au milieu des années 80, une militante des droits de l’homme arrêtée par la Stasi et son officier interrogateur.
Pendant huit mois, ils s’affronteront lors de son interrogatoire, mené fort courtoisement (rien à voir avec l’ambigü Portier de nuit) et c’est seulement à son terme, une fois le dossier “bouclé” qu’il lui avouera son amour , puis elle le sien, avant de la mener en prison où elle passera deux ans et demi. Douze ans plus tard, elle parvient à le retrouver : rien dans leur sentiment n’a changé. Lui seul se transforme, conscient enfin de ce qu’il a été et décide, pour la première fois sans doute, d’assumer son choix, libéré grâce à elle de toute influence.
L’amour a ceci de prodigieux qu’il s’installe souvent où l’on ne l’attend pas, par surprise, en somme. Son dard transgresse toutes les lois humaines ne s’attachant, en somme, qu’à celles des cieux , mais aveugle souvent ses destinataires de leur propre désir. Mais il s’agit ici d’un amour durable, que rien ne semble altérer. L’histoire s’achève comme un conte, par le mariage dix ans plus tard des protagonistes. Vingt deux ans d’amour, en somme, cela n’est pas rien, entre “ennemis”.
A Berlin pour franchir LES MURS

"Over the Walls" à Berlin
En ce temps anniversaire de la Chute du Mur de Berlin, célébrée dans le monde entier, on ne soulignera jamais assez le rôle qu’ont alors joué deux églises chrétiennes pour contribuer à sa destruction. C’est dans une autre église que vont se réunir 300 jeunes gens de toute l’Europe pour évoquer à cette occasion tous ceux qui subsistent encore.
On peut penser que 300, ce n’est pas beaucoup, mais il suffit de quelques uns pour mener à bien n’importe quelle entreprise, lutte ou combat. Ici il s’agit de paix, de fraternité, si difficiles à instaurer.
L’excellent documentaire de Patrick Rotman, présenté cette semaine sur France 2 démontre par les faits à ceux qui en douteraient encore la monstruosité d’un système totalitaire qui nie les fondements de la condition humaine et a qui a représenté, tout comme d’autres systèmes aujourd’hui encore, une menace pour l’Humanité. Il y avait alors “le monde libre“, le nôtre, qui s’opposait à l’autre, retranché derrière ce Mur et bien au-delà.
Les frontières du monde libre ont changé, mais pour beaucoup, le Mur reste dans les têtes, comme le montre un reportage de Romain Clément. La soumission subie par une génération était assortie de certains avantages que ne garantissent jamais la prise en charge de soi-même, condition première de la liberté, et que la génération suivante, née hors du Mur, semble tant regretter aujourd’hui. Car la liberté sans apprentissage n’engendre bien souvent qu’égoïsme, rejet ou abandon.
Charité, communication et bureaucratie
Novembre est un mois de campagne pour la plupart des organisations charitables, à commencer par l’Eglise elle-même et la communication représente aujourd’hui ces “fourches caudines” sous lesquelles elles sont bien obligées de passer puisque, dans le vacarme médiatique, il faut bien essayer de se faire entendre.
Je ne reviendrai pas sur l’aspect financier que cela représente, il fait partie de l’ensemble, et il est nécessaire.
Pour autant, communiquer signifie d’abord atteindre, et en premier lieu, les parties prenantes. Celles qui mettent en oeuvre ce qui est annoncé. Encore faut-il pouvoir les joindre, au bon endroit.
Mettre à jour les fichiers d’adresses, de personnes relève d’une bureaucratie que la plupart de ces associations (et pas seulement) négligent, ce qui devient, à terme non seulement coûteux mais plus encore frustrant, voire décourageant pour ceux, les bénévoles, qui “font le boulot” et que les “bureaucrates” semblent ne pas entendre.
Il en est ainsi, dans ma région, du site du Secours Catholique de Haute-Vienne, où des antennes locales ont changé de lieux, de personnes mais dont les coordonnées, largement signalées par ailleurs, n’ont jamais été modifiées. Les visiteurs, usagers ou partenaires pressés tombent invariablement sur des données périmées et inexploitables.
Quant à la Banque Alimentaire locale, qui malgré plusieurs interventions, ne parvient pas encore à adresser ses courriers au bon endroit, elle peine à prendre en compte le travail accompli par certaine association* qu’elle invite à participer à la prochaine campagne, alors même qu’elle est, depuis longtemps, une des plus actives en cet endroit où elle recrute et déploie de nombreux bénévoles.
Faire fonctionner les associations est un enjeu que j’ai maintes fois évoqué ici. Sans doute certains responsables salariés de ces associations sont-ils comme ailleurs “débordés”. Sans doute encore la “Charité” est-elle plus ou moins devenue un “business” comme un autre : il serait temps, peut-être, d’en rentabiliser les coûts. Par égard pour les bénévoles, mais surtout pour les donateurs que sans cesse on sollicite et qui sont la manne des fonds caritatifs.
*plus de 2 tonnes d’aliments collectées à Nexon pour la campagne 2008 par les bénévoles du Secours Catholique et la Croix Rouge
Identité française ou identité nationale ?
Au moment même où était lancée cette vaste campagne sur l’Identité française, je terminais le livre, assez terrifiant, de Olav Hergel L’Otage, portrait incisif des excès d’une société repue amenée, par la manipulation conjointe de certains partis et des medias, à un repli national et un rejet complet de l’étranger. L’auteur précise qu’il s’agit évidemment d’une fiction, tout en précisant que “toute ressemblance avec des personnes, des institutions ou des medias existants n’est, comme l’écrivain allemand Heinrich Böll l’a exprimé, ni intentionnelle, ni fortuite, mais tout simplement inévitable“. C’est dire si le débat lancé sur notre identité interroge. Ce pourquoi je romps le silence que je m’étais imposé.
Sans doute le Danemark n’est-il pas, et à maints égards, comparable à la France. Mais la question qu’y pose l’immigration se pose dans toutes les nations d’Europe et chacune tente, comme elle peut, d’y répondre.
A l’exception de quelques rares familles implantées depuis des siècles dans ce qui est notre territoire, la plupart d’entre nous sommes aujourd’hui issus de migrations diverses et d’un mélange d’usages et de coutumes dont l’agglomération constitue notre, ou plutôt nos cultures. Mais quelles que soient nos différences d’origines, nous partageons (ou sommes censés partager) la même appartenance : celle de citoyens français.
L’identité d’une personne n’est donc pas nécessairement la même que celle du citoyen qu’elle est et je m’étonne toujours que cela ne soit pas toujours évident chez nous, terre d’immigration.
Sans doute la langue est-elle un des premiers facteurs d’adhésion et de cohésion. Pour autant, être francophone ne signifie être Français. Etre Français, c’est d’abord, me semble-t-il prendre (ou faire prendre) conscience de ce qui fixe les usages et les règles de notre vie publique, résumés sur la plupart des frontispices de nos écoles : “Liberté Egalité, Fraternité” et que développe notre Constitution.
Avoir la chance de vivre dans un pays où toutes les opinions, croyances et religions sont libres d’expression mérite que l’on en respecte les règles, droits et devoirs. Cela s’apprend.
Pouvoir “Etre heureux comme Dieu en France” est un rêve pour trop d’étrangers pour que ceux qui ont la chance d’être déjà Français ne s’interrogent pas davantage sur ce que cela signifie pour eux-mêmes, mais aussi pour l’Autre.
Nous verrons donc ce qu’il résultera de cette enquête…..
journalistes et chroniqueurs : le plus aimable d’entre eux : Alain Remond
Avant de clore ces lignes, et cette fois définitivement, je voudrais rendre hommage à Alain Remond, dont l’homonymie ne cesse de me rappeler le regretté René et l’acuité de son dernier ouvrage.
Chaque matin, Alain Remond nous livre dans son huitième de page une vision réjouissante d’un quotidien où l’absurde le dispute généralement au ridicule, fût-il tragique, tant nos vies sont aujourd’hui harcelées par une surenchère de contraintes sociales, culturelles, économiques et commerciales. Du moins avons nous le pouvoir (mais surtout le droit) d’ en rire.
Dans la paix de notre petit hexagone, où nos medias s’agitent en coeur pour dénoncer des manques ou des excès de tout ce qui ferait, dans tant de dictatures et autres théocraties, figure de grands bonheurs (nos libertés, notre justice, notre éducation, notre santé, etc..), Alain Remond présente cette vertu immense de chercher chaque jour ce qui nous replonge, avec bonheur, dans le réel de notre quotidien heureux.
Sans acidité ni acrimonie, il nous ramène à nos rassurantes limites, celles dans lesquelles nous avons le pouvoir de pinailler sur le superflu quand l’essentiel est quasiment garanti.
Nous ne savons souvent de l’état du monde que ce que les medias nous en montrent, ce que les “experts” nous en disent, mais nous voyons ce qui autour de nous le transforme, l’améliore, le dénature ou le détruit. Nos repères évoluent dans un monde qui change, qui n’est plus tout à fait le nôtre, où parfois nous nous sentons perdus.
Alain Remond nous offre chaque matin dans lecture de sa chronique deux minutes d’évasion et de retour au sens, deux minutes qui n’ont pas de prix.
A lui et à mes lecteurs, je dis simplement : MERCI.
Tourbillons ibériques : Pedro Almodovar, Carlos-Ruiz Zafon

A peine remise du spectacle des “Etreintes brisées” d’Almodovar, remarquable enchevêtrement de passions humaines et castillanes, je tombe par hasard, comme c’est souvent le cas, sur un livre dont le titre, magique, m’invite à la lecture. Sans doute vais-je apparaître bien naïve aux yeux des hispanistes, et peu “actuelle” aux yeux des autres, mais la culture ibérique m’est, je l’avoue, presque étrangère : je n’en connais que les grandes lignes. Quant à la nouveauté, elle n’a ici aucun sens : les bons livres n’ont pas d’âge. Et celui de Carlos-Ruiz Zafon (2001) pourra se lire encore longtemps.
Cette “Ombre du Vent” plonge le lecteur dès les premières lignes dans ce qu’il convient d’appeler un émoi haletant et une insatiable curiosité : il ne s’agit ici que de livres oubliés, de passions, littéraires et humaines et du fil ténu qui sépare et relie le réel de l’imaginaire autour d’une même histoire, en progrès, que renouvellent chaque fois de nouveaux éclairages. Sans doute n’y a-t-il là rien d’exceptionnel, - l’auteur, plein d’un humour sagace, n’hésite pas à évoquer dans ses pages Hector Malot !-(même si l’on pense à Kurosawa) , et l’humour qui fait une part inhérente du livre, comme Barcelone elle-même, certains personnages mythiques de la littérature hispanique, la fluidité du style – et, il faut le souligner, la remarquable traduction de François Maspéro en font, de mon modeste point de vue, un ouvrage à lire, à faire lire et à conserver.
Certains n’ont pas hésité à dire que Carlos-Luis Zafon avait reçu le Prix Planeta, par confusion sans doute avec son éditeur (Planeta). Je me réjouis en tous cas d’apprendre que ce jeune auteur prolixe a rencontré avec ce livre, qui n’est pas le dernier sans doute de ses livres pour adultes, (il a surtout écrit pour la jeunesse) un succès considérable, bien avant celui emporté – post mortem – par Stieg Larson dont j’ignore s’il n’est pas, lui, finalement mort usé d’avoir dénoncé le vice et l’horreur qu’il voyait partout.
Certains tourbillons sont plus gratifiants que d’autres, et quitte à briser là quelques heures ou encore quelques jours, voilà deux voyages qui valent, sincèrement, le détour….
L’Europe aux couleurs Nature, une bonne nouvelle !

Europe, verte et bleue
Réjouissons-nous, l’Europe sera verte et bleue, aux couleurs de l’Eau, aux couleurs du ciel. Les projets construits ont triomphé de tous les discours creux, de l’opposition stérile, des vanités perfides, des attaques personnelles systématiques et de leur exténuante redondance. On nous dit que c’est la première fois, depuis quarante ans, qu’une majorité présidentielle franchit positivement le cap d’une telle élection. Ce n’est pas un hasard, mais une conséquence. Celle du travail accompli par une “politique d’ouverture”, la volonté, le courage et la ténacité de l’avoir initiée en sollicitant, là où elles se trouvaient, des compétences, des énergies que d’autres n’auraient pas exploitées parce qu’elles n’étaient pas “de leur camp”. M. Sarkozy, moqué, agoni voire maudit de toutes parts depuis son élection a donc indirectement triomphé de tous ses détracteurs : le bon sens existe donc encore, en France. C’est une bonne nouvelle. Même si trop de suffrages n’ont pas été donnés.
Je pense ici à tous ces peuples qui rêvent de démocratie, de liberté, celle de voter pour d’autres candidats et d’autres programmes que ceux que leurs pays imposent. Ils seront de plus en plus nombreux encore, ces migrants excédés de conflits, d’injustice, de misère qui se ruent sur nos terres de Paix et de prospérité. Ils savent bien, eux, ce qu’est l’Europe et ce qu’elle signifie. Dommage que chez nous comme ailleurs on ne s’en soucie guère. Ou pas assez bien.
Ces soi-disants “thérapeutes”, maîtres des âmes
La Croix titre aujourd’hui sur ces manipulateurs qui prétendent vaincre “de l’intérieur” les pires maladies que la médecine elle-même, avec tous les moyens qu’elle peut mettre en oeuvre, ne parvient pas toujours à guérir, mais qui a au moins l’avantage de tenter de le faire honnêtement.
Irène Nemirovsky a éclairé avec brio, en 1932, ce processus d’aliénation dans “le Maître des âmes”, publié seulement en 2005. Il s’agit là d’un roman terrible de l’émigration, de la conquête et de l’emprise d’un être, médecin devenu charlatan par revanche plus que par ambition, sur un public trop attentif à soi-même pour faire preuve de discernement. Malgré le temps et tous les changements intervenus depuis lors, rien n’y est vraiment “démodé”.
Il en va des faux thérapeutes comme de certains sectaires, qui préconisent parfois des pratiques qui peuvent s’avérer mortifères ou à tout le moins délétères. (Les témoins de Jéhovah ne tolèrent aucune transfusion sanguine, par exemple). Qu’importe d’ailleurs ce que sont ces pratiques si elles remportent l’adhésion d’un public ou d’un auditoire.
Le libre-arbitre n’est pas chose si bien partagée et le bon sens n’est plus de saison. La Foi elle-même fait l’objet d’un vaste marché où les gourous se pressent en promettant des jours meilleurs, le succès ou la guérison à tous ceux qui sont, il faut le dire, prêts à croire n’importe qui et à n’importe quoi.



