Zhu Xiao Mei : retour vers la Vézère
J’ai eu la chance de rencontrer Mme Zhu Xiao-mei au Festival de la Vézère, en 2004 je crois. Ou était-ce plus récent ? Le programme avait été modifié au dernier moment, ce qui m’avait permis, avec quelques amis, de trouver facilement des places dans un Festival où elles sont souvent rares, en dernière minute.
Nous avions été subjugués, dans cette assistance, par la sobriété de cette femme discrète qui, installée devant le clavier du Steinway “de service” s’était lancée sans s’interrompre dans l’interprétation intégrale des Variations Goldberg.
Nous étions les uns et les autres plus ou moins accoutumés à l’interprétation parfaite de Glenn Gould, qui revendiquait d’ailleurs cette perfection issue, à l’enregistrement, du montage des meilleures versions. Pour ma part, je n’ai jamais entendu Glenn Gould en concert.
Quelle transcendance, dans l’interprétation de Mme Zhu ! Non qu’elle fut parfaite : est-il possible au meilleur virtuose d’être parfait cinquante minutes durant ? Mais elle était stupéfiante d’authenticité.
Avant de procéder à l’interprétation, Mme ZHU nous avait très simplement signalé que ces variations étaient pour elle, au-delà de l’oeuvre, la représentation de sa vie elle-même. Et quelle vie ! Elle l’a racontée dernièrement dans son autobiographie, ouvrage remarquable au milieu de tant d’autres qui ont dénoncé et dénoncent encore les dégâts causés par le sieur Mao, à l’instar de tant d’autres dictateurs, en Chine et ailleurs.
La rivière et son secret est, au-delà du simple récit de toutes les exactions subies par les victimes de toutes les révolutions, une merveilleuse leçon de musique et d’humanité.
La musique qui lui a été apprise, puis retirée, telle qu’elle l’a vécue, puis retrouvée. L’humanité perdue par toute une génération manipulée, la sienne, puis retrouvée au détour d’une conscience qui pour chacun, finit par se réveiller. Valeurs d’universalité.
Une ode à cette universalité que Mme Zhu a tenté de retrouver ensuite dans nos cathédrales catholiques, pour son plus grand désarroi. Car elle y a constaté à quel point le Communisme dont elle a été victime, avec tant d’autres millions de personnes, s’était inspiré du message évangélique d’amour, de paix et de partage, pour en détourner la substance au profit d’une normalisation des individus parfaitement contraire à l’esprit de Liberté qui est celui du message chrétien.
Mme Zhu Xiao-Mei a eu la chance de trouver sur son chemin quelques amis véritables qui l’ont accueillie, écoutée, guidée vers la nouvelle vie qu’elle mène depuis vingt ans déjà. Elle les évoque très discrètement dans son ouvrage.
Les organisateurs du Festival de la Vézère en Limousin en font partie, et je me réjouis de pouvoir, l’été prochain, retrouver là-bas le plaisir d’écouter à nouveau Zhu Xiao-Mei dans son interprétation des Variations.
Il y a urgence à ne pas la manquer.
Zhu Xiao-Mei : Festival de la Vézère, Eglise de Saint Ybard, le 5 aout 2008 à 19 h




