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Réflexions et commentaires sur l’actualité culturelle, sociale et religieuse

Mai 68 jusqu’à l’écoeurement

avec 2 commentaires

On nous l’annonce depuis le début de l’année : nous allons célébrer les 40 ans de cet évènement qui fait rêver les galopins d’aujourd’hui et radoter leurs grands parents. J’en suis, (des grands parents) et la moutarde me monte au nez. Les medias vont se ruer sur leurs archives et nous ressasser ces souvenirs de nos vingt ans. Jusqu’à la nausée, c’est à craindre. Espérons seulement que ce ne sera pas aussi l’occasion d’un recommencement. Car ce ne fut chez nous, au fond, qu’un beau gâchis.

C’est ce qu’a fort bien montré il y a quelques jours un reportage bien ficelé de TF1, n’en déplaise à ses détracteurs. En rappelant par exemple, et à juste titre, que l’agitation avait pris naissance quatre ans plus tôt aux Etats-Unis (Berkeley), aux prises avec des problèmes autrement plus sérieux que les nôtres : la guerre du Viet-Nam et les droits sociaux des Noirs, qui n’en jouissaient pas. Toutes raisons valables pour qu’une jeunesse normale pût protester. Pour autant, cela ne remis jamais en cause le système économique américain, qui ne cessa jamais de fonctionner.

A l’Est, le Printemps de Prague avait lui aussi une autre ambition : se libérer du joug et de l’isolement communistes. Commencé par Dubceck en janvier, soutenu par la jeunesse en mai, il s’achèvera dramatiquement en automne, avec l’invasion soviétique et, pour certains, la mort. Et 19 ans d’attente pour “en sortir”.

En Afrique et depuis un an, il y avait cette guerre suivie d’une terrible famine au Biafra, qui marqua le début de l’action humanitaire à grande échelle et l’essor des French Doctors.

A Paris, une poignée d’excités de Nanterre, de ces Héritiers définis par Pierre Bourdieu, fascinés par ce même socialisme qui ruinait l’Est européen, mais revendiquant pour eux-mêmes une liberté d’action totale (qui n’eut jamais cours dans ces contrées), réussirent en quelques semaines à transformer Paris, puis la France, en un gigantesque foutoir.

Je n’ai pour ma part le souvenir que de cela. Paris qui pue sous les monceaux d’ordures, ces voitures qui brûlent près de chez moi et les pavés qu’on lance aux fenêtres ; ces inscriptions grasses qui saccagent les murs, ce n’est alors qu’un commencement : les tags suivront. Que d’aucuns finiront par qualifier d’artistiques. Un Jean Paul Sartre vieillissant, et ridicule en son fief de la Closerie. Des accords de Grenelle qui ne parviennent pas à stopper une grève générale, mais vont contribuer, avec la crise à venir, au déclin progressif de notre économie.

Une frénésie sexuelle s’empare de la jeunesse d’alors (pas toute), jeunesse qui vient s’ériger en valeur première de l’Occident, au détriment de toute forme de sagesse et de bon sens. Les mères s’acharnent à ressembler à leur filles, le vêtement devient uniforme, comme le tutoiement, prémisse de l’irrespect, de l’intolérance puis du compassionnel de circonstances qui sévissent chez nous aujourd’hui.

Moins de dix ans plus tard, la plupart des agités du mouvement occuperont les postes clés de notre société de consommation, loisir et communication. Certains les détiennent encore et renâclent à les lâcher. Beaucoup ont du quitter la scène beaucoup plus tôt que prévu, victimes du jeunisme ambiant qui n’a depuis cessé de sévir. Travailler après cinquante ans est devenu en France un quasi privilège, quand d’autres essaient de survivre, parfois sans travailler.

C’était vingt ans seulement après la fin de la guerre. La France s’ennuyait déjà de sa nouvelle prospérité.

Une de visions que je retiens de cette époque qui fut pour moi, pour d’autres raisons, d’une grande tristesse, est celle qu’en a traduit, non sans humour et vingt ans après, Louis Malle dans Milou en Mai dans lequel Miou-Miou excelle dans un rôle exactement contraire à celui que Bertrand Blier lui donna dans les Valseuses, grinçante illustration de la contre-culture soixante-huitarde.

Le peuple de France a cette singularité : il est capable d’ébullition a très basse température. Et en mai 68, pourtant, je crois que j’ai eu très chaud.

Rédigé par Anne A. Mitteau

Mercredi 16 avril 2008 à 16 04 23 0423

2 réponses

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  1. Bravo pour votre article. Oui, ces derniers temps les médias ne cessent de vanter les souvenirs de “Mai 68″ qui sonnent aux oreilles des “jeunes” de 2008 comme ce qui fut une grande fête qui bouleversa non pas la France mais le monde ! “Il est interdit d’interdire” on voit l’interdiction d’interdire de circuler lorsque le feu est au rouge ? Mais il ne doit plus y avoir de feu rouge, plus de barrière, de tabou, la liberté à tout va même si elle déborde et gêne autrui. “Mai 68″ fut une révolution de “jeunes” qui ont été aux commandes durant les décennies suivantes et on voit, a posteriori, ce qu’ils ont fait de révolutionnaire. En fait, la France a continué de régresser et les réformes actuelles, qui dérangent comme toute réforme, sont indispensables pays si l’on ne veut que le pays implose.

    LE LAN andré

    Samedi 17 mai 2008 à 10 10 13 0513

  2. Fort bien. Mais Mai 68 n’a pas le monopole de la protestation… que dire de mai 88…

    http://ysengrimus.wordpress.com/2008/05/28/mai-68-mai-88-mai-08-%e2%80%93-des-graffitis-de-l%e2%80%99ere-intermediaire/

    Paul Laurendeau

    ysengrimus

    Jeudi 29 mai 2008 à 1 01 24 0524


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