Archives de juin 2008
“Planet Earth” (Planète terre) : la beauté du monde comme on ne l’avait jamais vue
Décidément, la BBC a bien du talent : celui d’avoir conçu un projet aussi immense que la réalisation de ce fabuleux documentaire, une série de 11 exactement, confiée à de véritables génies de la prise de vue, parmi lesquels on peut citer principalement Alastair Fothergill, et toutes les équipes de professionnels qui l’ont accompagné dans ce périple de 5 ans. Arte le diffuse en ce moment et le rediffusera encore en juillet.
On peut imaginer, même si aucune longueur n’est jamais apparente, le temps qu’il a fallu, la maîtrise des équipements, la maîtrise de soi tout court, pour saisir dans toute leur intensité ces instants de vie, de lutte, de struggle for life inhérent à toutes les formes de vie sur notre planète, dans leur totalité : sur sa surface, sa profondeur et son altitude.
C’est toute la réalité de la Création du Monde qui est saisie ici (d’aucuns peuvent y voir l’illustration de ce que Joseph Haydn aurait pu y décrire, s’il ne l’avait, seulement, imaginé), et des conditions de sa survie : une organisation implacable des espèces minérales, végétales et animales dont l’homme est ici intentionnellement exclu, comme à l’origine du monde. C’est dire qu’en matière de prédation, l’homme a pu trouver, comme on le voit, bien des modèles dans la Nature. A ceci près que les espèces s’auto-régulent dans un schéma quasi immuable ; certaines parviennent à s’adapter à de nouvelles conditions de vie, d’autres pas. La Terre continue pourtant à tourner.
Voilà en tous les cas une “leçon de choses” plus efficace à tous égards que bien des discours.
On peut en avoir un aperçu sur ce site : planet earth discovery
Quand le bâtiment va, tout va, même pour les femmes ; mais où vont les hommes ?
C’était chez nous un des derniers bastions des professions dites masculines. Il est, lui aussi, en train de céder. Le BTP recrute (voir le lien), et les femmes y sont bienvenues. Elles sont déjà devenues championnes de bricolage, alors pourquoi pas devenir plombière, gruteuse ou canalisatrice quand TOUS les métiers leurs sont déjà ouverts ailleurs ?
C’est simple : nous (les femmes) nous sommes partout. Moi, j’ai de la chance : j’ai encore UN dentiste, UN jardinier et UN garagiste, preuve que les hommes existent encore. Et UN mari. Un peu dépassé parfois, comme la plupart des hommes de sa génération, par la prépondérance des femmes dans la vie professionnelle, économique et sociale. Et par celle des hommes d’aujourd’hui dans la vie domestique et familiale. Et par tant d’autres choses encore, qui nous déroutent.
Cela ne date pas tout à fait d’hier : en Suède, il y a trente ans, on voyait arriver les “hommes au foyer”, suivis quelques temps après chez nous par les “nouveaux pères“. Il est vrai que depuis la fécondation in vitro, on se demande parfois à quoi ils servent encore, les hommes, sinon à flatter l’égo de leurs compagnes. Ce que montrait déjà assez bien Bertrand Blier (assez vulgairement tout de même) dans Calmos en 1976. Dur, dur d’être un homme aujourd’hui.
On ne peut pourtant rien reprocher à notre Education Nationale : les manuels à destination des enfants du primaire reproduisaient scrupuleusement, il n’y a pas longtemps encore, le schéma standard des familles d’antan où la mère s’occupe attentivement de ses enfants pendant que “papa travaille”, au grand dam des mouvements féministes, revendiquant haut et fort le rôle inférieur
toujours attribué aux femmes.
Les femmes travaillent d’abord par nécessité, et si le mariage n’est plus, et depuis fort longtemps, une situation, il n’a jamais été non plus une sinécure.
Elles ont donc tout lieu de se réjouir de leur liberté de s’asservir autrement que dans les tâches ménagères, devenues elles aussi une profession à part entière, normalement rémunérée (mais pas pour les maîtresses de maison, toujours corvéables à merci).
Quant aux hommes, ils n’ont plus guère de raison de s’en soucier (des femmes) : elles sont aujourd’hui totalement libres d’exercer le métier de leur choix, de procréer à leur convenance et, si toutefois elles se marient, de garder leur nom et de le transmettre à leurs enfants. Bémol : le législateur a tout de même laissé aux enfants la liberté de choisir le nom qu’ils porteront (ce qui laissera, on croit rêver, 14 possibilités à leurs descendants !)
Tout cela est bien compliqué au fond. Avant, c’est-à-dire il y a plus de 20 ans, tout était encore presque simple : une femme mariée était Mme Dupont née Durant. Les enfants issus du mariage portaient le nom de leur père, et ainsi de suite. Aujourd’hui, le nom du mari, mais également celui du père n’a tout simplement plus aucune importance.
Heureusement, nous avons Mme Badinter. Elisabeth Badinter, née Bleustein-Blanchet que j’ai d’abord découverte, me semble-t-il, à travers le livre de son père La Rage de convaincre (1970) puis dans son premier essai : L’amour en plus : histoire de l’amour maternel (XIIème siècle-XXème siècle) (1981) qui fut pour moi une révélation. Cinq en plus tard, elle nous livrait avec L’un EST l’autre (1986) un essai remarquable sur l’évolution des relations hommes/femmes, qui préfigurait parfaitement notre situation d’aujourd’hui et la mise en cause de nos identités.
Mais par-delà ses idées et la qualité de son discours, ce que j’ai toujours particulièrement apprécié chez elle est son adhésion au patronyme de son époux. Cela n’est pas anodin.
Pas facile d’être un homme, par les temps qui courent…..
Cette Europe généreuse et garante de paix que des peuples récusent aveuglément
60 ans de paix entre des peuples qui, des siècles durant, se sont affrontés dans les larmes et le sang, cela vaudrait quand même d’être souligné : La neutralité de la République d’Irlande pendant la dernière guerre mondiale a évité à ses ressortissants d’y prendre part. Il est vrai qu’ils ont connu d’autres soucis. Le niveau de vie des Irlandais, en 1960 était assez lamentable malgré les aides accordées par le Plan Marshall, dont ils avaient pourtant bénéficié.
C’est pourtant en rejoignant l’Europe, en bénéficiant de ses aides que les Irlandais ont commencé à se relever pour devenir, au cours de la dernière décennie, l’un des 10 pays les plus riches du monde.
Certes, l’Europe n’est pas seule en cause, et des politiques intérieures bien menées n’y sont pas étrangères. Mais enfin, l’essor de tous les adhérents de ce vaste projet est connu et réel.
Dommage que les peuples n’en retirent que les mauvais aspects, largement diffusés par les medias et tout aussi largement utilisés par leurs dirigeants qui se retranchent volontiers derrière.
Ce qui intéresse les peuples d’Europe, c’est le foot. Il n’est que d’écouter les radios ce matin, de lire les titres des communiqués : “la presse italienne croit au miracle” (Le Figaro, 14 juin). On croit rêver à un europtimisme : que nenni : c’est du foot, qu’il s’agit !
Pauvre Europe, si malmenée, si peu comprise, si peu expliquée, sans doute.
Rien n’est plus fragile que la paix. Les peuples d’Europe seraient avisés d’y songer. Et les medias de réfléchir, avant de toujours dénoncer.
Cette vieillesse qu’on nous annonce si longue: espoir ou juteux marché ?
Se dire aujourd’hui, à cinquante ans, qu’un demi siècle est encore devant, cela peut laisser songeur. C’est pourtant devenu affreusement banal. Enfin, pour les centenaires d’aujourd’hui, nés au siècle dernier. Ils sont plus de 20.000 cette année, contre 100 en 1900. On en prévoit 4 fois plus en 2050, c’est à dire bientôt.
C’est là un des grands paradoxes de notre temps, où tout est mis en oeuvre pour que nos vies soient les plus longues possibles, avec infiniment de précaution, mais où ces mêmes vies sont décrétées presque inutiles avant même d’avoir atteint 60 ans.
Oh, le Législateur fait bien des efforts pour faire croire aux citoyens que nous sommes qu’il faudra travailler plus longtemps, que l’expérience n’est pas sans valeur et que les têtes chenues sont assez
bien faites encore pour éclairer la lanterne de leur jeunes successeurs. Mais qui le croit ?
La tentative d’un marchand de savon pour imposer à nos abribus l’image de beautés décaties ou de femmes ordinaires a fait long feu : cela n’était pas vendeur. La banalité et la vieillesse ne sont pas acceptables par le “marché”. Dommage, car plus on veillit, plus le savon s’impose pour rester “frais” !
Il n’y a guère que les “vieilles dames anglaises” qui aient eu grâce à nos yeux : le teint rose et poudré, l’oeil bleu porcelaine, une senteur de lavande. Est-ce bien encore le cas, d’ailleurs, hormis celui de Sa très gracieuse Majesté ? L’Angleterre n’est plus, elle non plus, ce qu’elle était.
Alors, il reste à ceux qui vivent d’une apparence à essayer de la garder : mais le résultat escompté est le plus souvent affligeant. La beauté de Mme Deneuve et de tant d’autres femmes, sublimes ou non, n’a pas résisté aux bistouris réparateurs : rien ne peut réparer ce que le temps a détruit. Ces visages tendus, “botoxés”, cette illusion jugée flatteuse n’est que désatre pour ceux qui la vivent : ils savent, dans leur intimité, ce qu’est leur réalité. La seule force de l’âge est de tenter de l’assumer. Et si possible avec gaité.
Les “Huit femmes” que François Ozon avait mis en scène représentaient tous les âges de la vie d’une (jolie) femme, de ses prémisses à son achèvement : toutes les transitions sont difficiles. Parvenu au faîte (qu’on y aspire ou pas), il faut bien se résoudre à descendre. Les visages martyrisés par la chirurgie ne se promettent pas de beaux jours. L’égérie de feu Saint-Laurent n’aura jamais plus au même âge la fraîcheur et la pétillance de Danielle Darrieux, demeurées intactes; il est vrai aussi qu’elle n’a jamais eu son talent.
J’ignore pour ma part où se trouve la grâce d’avoir à vivre si longtemps, même si cela ne concerne au fond que très peu de monde : l’espérance de vie moyenne ne dépasse pas, aujourd’hui encore, 85 ans. Du moins est-ce un facteur de prospérité pour certains marchés : celui des cosmétiques (voir lien INSEE) est en constante progression, comme le devient celui de l’aide à la personne. Encore faudra-t-il trouver des volontaires…..de plus de 60 ans ?
Journalisme : la tête haute et bien faite de Memona Hintermann
Je n’aurais jamais pensé lire les confessions de Memona Hintermann si elles n’avaient figuré au programme de mon abonnement à la Bibliothèque Orange, qui a l’inestimable avantage de m’assurer un complément de lectures nécessaire pour combler mes propres acquisitions.
J’ai tout simplement dévoré son livre, la nuit dernière. Dévoré, parce que dès les premières pages, j’ai été saisie par son histoire, il est vrai peu banale. Et ce, malgré un a priori contre.
On devrait toujours se méfier des a priori. Mais FR3 m’a toujours semblé si marquée, au plan de l’information, que je ne suis toujours pas vraiment sûre que l’idéologie communiste, dont Mme Hintermann décrit au demeurant très bien le processus d’infiltration (voir plus bas), en soit définitivement exfiltrée.
Ceci étant, sortir d’une déroute familiale, de la misère et pis encore de l’exclusion sociale n’est pas le moindre défi. Memona l’a relevé dignement, avec courage, ténacité, et le verbe très haut encore.
Etre grand reporteur n’est pas un métier facile ; il est même dangereux. Rien à voir avec l’animation de plateaux, auxquels se consacrent tant de journalistes plus ou moins patentés. Mme Hintermann n’a d’ailleurs rien obtenu facilement, ce qui rend d’autant plus appréciable sa liberté de ton et l’engagement qu’elle a pris très tôt d’informer les autres de la vérité de choses souvent occultées. Surtout en France où l’on s’entend si bien à s’auto-flageller, à s’excuser, se repentir d’avoir été.
J’ignore ce qu’est devenu ce M. Hervé Guibert, homonyme sans doute de l’écrivain défunt, qui fut un temps Directeur de l’Information de FR3 et qu’elle ne porte pas dans son coeur. Et pour cause : “En 1981, quand la gauche unie arrive au pouvoir, derrière François Mitterand, le parti communiste infiltre plusieurs de ses journalistes, notamment de l”Humanité, à des postes de commande. (…) A la rédaction nationale de FR3, les communistes font tout ce qu’ils peuvent pour démoraliser ceux qui ne sont pas sur la même longueur d’onde qu’eux. Hervé Guibert, ex-syndicaliste reconverti dans le rôle de directeur de l’information, devient, sans vergogne, un véritable patron de combat, et menace les indisciplinés” (page 177)
C’est pourtant au sein de cette chaîne que Mme Hintermann a passé sa carrière. Ce qui prouve que les choses peuvent, quand même, changer. C’est là toute la force de notre République, qu’elle défend si bien. Elle sait ce qu’elle lui doit : une école et ses hussards, qui sont la chance des plus malchanceux. a condition qu’ils s’en donnent la peine. Et de la peine, elle en a eu et s’en est donné : elle sait de quoi elle parle, quand elle parle d’immigration, de misère, d’exclusion, d’intégration …. et de religion. Chez elle, on est musulman ET catholique. Indien ET Breton (de la Réunion). Et d’abord Français.
J’ignore ce qu’en pense M. J.C. Guillebaud (prix Albert Londres) que j’admire particulièrement : j’espère seulement qu’il apprécie une consoeur aussi impliquée que lui dans sa foi et son espérance, sa recherche de la vérité et sa quête de justice. Cela n’est sans doute pas le cas de bien d’autres, qui n’honorent guère la profession.
Mémona Hintermann, déjà médaillée de la Légion d’Honneur en 2001, vient d’être décrétée, le 16 mai dernier, officier de l’ordre national du Mérite, une distinction qu’elle méritait bien.
Millenium, suite : de la valeur inestimable du mariage
J’ai déjà*, dans un précédent billet, abondamment critiqué ce nouveau “block buster” de la littérature suédoise devenu international et dont chacun ou presque connaît à présent la teneur ou l’histoire. Ce frémissant thriller est donc devenu, tant pour ses éditeurs que pour les ayant-droit de son défunt auteur, un inestimable trésor, sordide objet de convoitise et de rapacité.
On nous dit qu’à Stockholm, on se déchire autour d’un prétendu “testament” de l’auteur, trouvé par sa compagne depuis trente ans, elle-même désavouant ce qui lui restait de famille qu’il avait écarté depuis bien trop longtemps. Il n’avait, à vingt ans, pas grand chose à léguer. Il n’imaginait pas non plus qu’il mourrait à cinquante en auteur à succès, sans le savoir, et sans en profiter.
J’imagine assez bien ce que coûte à sa compagne la démarche de tout créateur : de temps, de présence, de sollicitude et d’abnégation. D’amour, en somme. Car tout se fait, tout se peut, par amour. Surtout quand l’amour se partage. Mais dans ce cas précis, je doute qu’il le fut.
A vingt ans, M. Larson pensait à laisser son peu de biens à un groupe communiste. Du moins manifestait-il là ses choix, et ses volontés.
A quarante, il vivait depuis plus de quinze ans avec une femme qu’il aimait peut-être, qui l’aimait sans doute, puisqu’elle était encore à ses côtés dix ans après. Il n’a jamais pensé alors qu’il pourrait disparaître un jour en la laissant dehors, puisqu’elle vivait chez lui.
Nos lois, ici ou là, ont inventé des subterfuges pour tous ceux qui ne voient dans le mariage qu’entraves et obstacles à toutes leurs libertés. Le “pacs”, testament et autres donations leur permettent a minima de protéger cet autre si fragile quand survient le départ, la mort ou l’abandon. Sans s’engager plus loin.
Ce sont paradoxalement ceux pour qui le mariage n’a pas vocation à (pro)créer qui en revendiquent le droit : sans doute ont-ils saisi quelle en est l’inestimable valeur : celle de la construction , évolutive et modulable d’un sentiment qui s’épanouit ou se flétrit au gré de la volonté et de la responsabilité de chacun. Une construction qui peut être durable, si l’on en fait le voeu. A deux.
M. Larson a eu l’honneur de ne pas demander la main de sa compagne. Les communistes suédois pourront se réjouir du cadeau qu’il leur a laissé …..si toutefois ils peuvent justifier qu’ils en sont bien destinataires. La famille, quelle qu’elle soit, a encore des droits.
* sur ce blog : Millénium : Stieg Larson ou la fascination du mal

