Archives de septembre 2008
Ce monde métissé que nos identités redoutent et que notre modernité impose : “Le commencement d’un monde”, de Jean-Claude Guillebaud
Jean-Claude Guillebaud nous livre dans son dernier ouvrage sa remarquable réflexion, nourrie par l’analyse incisive de nombreuses publications et travaux d’études et de recherches(1), sur l’état du monde à venir (mais déjà actuel) où “le centre n’est nulle part et la périphérie partout“, en s’opposant d’emblée à la thèse développée en 1993 par Samuel Huntington (Le choc des civilisations) qui opposait l’Occident au reste du monde, thèse dont l’impact avait été largement accentué par les évènements du 11 septembre 2001 et a été depuis lors, et fort heureusement, très largement contestée.
Il s’agit ici d’un travail immense, mené au travers d’autres ouvrages depuis 1995, structuré et nourri, dont mon modeste propos ne vise qu’à le faire découvrir. Il nous éclaire par la vision détaillée qu’il nous présente, en reprenant point par point et région par région ce qui distingue notre monde et notre humanité.
Le Déclin de l’Occident nous était annoncé depuis longtemps déjà, dans la perspective d’Oswald Spengler, comme la fin d’un cycle de civilisation accompli. Notre Séquence occidentale, comme la nomme J.C. Guillebaud, aura brillé quatre siècles, mais nos Lumières ont failli en prétendant éclairer le monde de leur seule vérité, dans le déni d’une altérité que chacun aujourd’hui revendique. “Avoir négligé la question de l’identité, de la concrétude humaine, des passions élémentaires, de l’enracinement des êtres et des communautés : là réside l’erreur principale du XVIIIème siècle. La part obscure du principe d’humanité n’était pas – ou peu- prise en compte par les penseurs de l’universel et des théoriciens des droits de l’homme. Ils firent preuve, sur ce point précis, d’une troublante myopie” (pp.281-282).
On ne sort évidemment pas indemne de cette lecture, qui élargit passablement notre connaissance du monde – quand il ne s’agit pas tout simplement de sa découverte, ce qui est souvent le cas pour un certain nombre de pays que nous voyons trop souvent encore à la lumière de tous les clichés dont ils sont encore “parés”. Quant à ceux qui “émergent”, comme se plaît à le dire la voix médiatique (et pas seulement), ils deviennent jour après jour davantage les locomotives qui tirent nos wagons essoufflés.
Sachant que les populations occidentales ne représenteront, dans moins de vingt ans, que 6 % de la population mondiale, toute arrogance paraît d’ores et déjà dérisoire. Notre séquence s’achève, celle de l’Orient (avec le Sud) a déjà commencé.
Les plus âgés se sentent déjà un peu perdus dans ce qui est aujourd’hui déjà le monde de demain : la préservation des identités quelles que soient l’interpénétration de toutes nos cultures et les migrations des courants religieux, sera (est déjà) sans aucun doute l’enjeu d’une paix que chacun souhaite, dont les pays les mieux lotis jouissent encore et auxquels tant d’autres aspirent. Ce sera probablement suivant des schémas qui ne sont pas forcément les nôtres, notre modèle n’en étant plus qu’un parmi d’autres qui se construisent, sans pour autant lui être étranger et auxquels, déjà, nous sommes conviés à nous adapter.
(1) quelques sites informatifs sur la fonction de quelques studies
Elegie pour un Américain : les pages lumineuses d’humanité de Suri Hustvedt
Hubert Nyssen est décidément un éditeur pluriel, toujours fécond. On est toujours à peu près sûr, en fouinant dans les diverses parutions d’Actes Sud, d’y trouver une bonne prise, quelque soit l’origine de l’auteur dont on peut être certain qu’il sera bien traduit. Grâce soit donc rendue ici au travail de son épouse Christine le Boeuf à qui nous devons les excellentes traductions de ses auteurs anglophones, mais aussi les couvertures si délicatement attractives de leurs ouvrages.
La lecture de cette Elegie (parution mai 2008) a été un grand moment de bonheur. Un délice que j’ai savouré : un moment de littérature (Ils sont devenus si rares). Pas un de ces produits fabriqués en série, suivant les méthodes éprouvées des ateliers d’écriture où se concoctent des produits, avec méthode. Non, un beau roman d’aujourd’hui, vécu et inspiré.
L’auteur, d’origine norvégienne, y donne à voir une Amérique dont la plupart des gens ne connaissent que des caricatures. Et des Américains bien éloignés des images qu’en véhiculent les medias de leur propre pays.
Qualifié par l’éditeur de roman familial, ce qu’il est aussi, on trouve trouve dans ce très beau livre l’émouvant cheminement d’une reflexion sur notre (post)modernité, le souci de soi, mais aussi sur la profonde inquiétude que génère dans nos vie l’ébullition d’un monde en rupture et en devenir, sur la force à puiser dans l’attachement indéfectible à ces racines familiales et culturelles qui demeurent les seuls point fixes de nos existences multiples.
Loin, très loin de cette violence devenue outre-Atlantique un véritable marché, on retrouve ici la douceur de liens fraternels chaleureux, d’une attention à l’Autre, de la richesse intérieure, de ce que résume si bien, au fond, le terme d‘humanité.
Musique sacrée : création d’un Grand Choeur Diocésain à Limoges
Qui chante deux fois prie, disait Saint-Augustin. A l’heure ou celui de Strasbourg a semble-t-il cessé d’exister, c’est donc une grande nouvelle que la création d’un Choeur Diocésain à Limoges, dont l’objectif immédiat est l’accompagnement de la Messe d’Action de Grâces qui sera célébrée ce 21 septembre en notre Cathédrale Saint-Etienne par Mgr Christophe Dufour pour son départ, mais aussi de toutes les grandes célébrations à venir, parmi lesquelles l’ouverture de nos futures Ostensions septennales, en avril prochain.
L’appel en a été lancé le 7 septembre dernier à tous les chanteurs, professionnels ou non, individuels ou en chorales par M. Régis Maingot, acteur décisif de notre Diocèse à qui devons entre autres, et depuis deux saisons, l’organisation des concerts d’orgue (gratuits) tant appréciés les dimanches d’août
Et les chanteurs ne manquent pas dans notre région.
Les volontaires seront ainsi recensés avec précision afin que soit constituée une base de données et de travail efficace pour répondre aux différents besoins ou souhaits des paroisses et de leurs clochers.
Certains sont de ce point de vue plus démunis que d’autres. Les uns disposent déjà de quelques voix ou de groupes plus ou moins formés, les autres de la présence d’un instrument. Mais la plupart d’entre eux font ce qu’ils peuvent, avec les moyens (souvent réduits) dont ils disposent. Le résultat musical n’est pas toujours très convaincant, eu égard à la beauté requise pour les chants liturgiques et à la Musique sacrée, qui fait par ailleurs l’objet de tant de Festivals et la joie d’autant de profanes souvent aussi détracteurs de notre Eglise, mère des Arts.
Le Service Diocésain de Musique Sacrée animé par le Père J.M. Gaudron permettra à court terme de nourrir le registre de toutes nos paroisses, de les aider et de les accompagner, pour que nos messes soient tout simplement plus belles encore, en leur déléguant le cas échéant chanteurs ou chefs de choeurs lors de certaines célébrations.
Un film démoli d’avance, “vu à la télé” : Vercingétorix
Il suffit de regarder les quelques critiques (en ligne) sur les sites de cinéma ou plus simplement de se souvenir de l’épouvantable battage commercial dont ce film avait fait l’objet… il y a 6 ou 7 ans : tout ce qu’il faut pour vous en dégoûter. Le film de Jaques Dorfmann a même été doté, en mars 2002, de 3 “Bidets d’or”, dévolus par dérision au “plus mauvais film de l’année”. Quant à Christophe Lambert, ses détracteurs oublient qu’il fut le héros (césarisé) du Subway de Luc Besson et un remarquable Greystoke, alias Tarzan, pour Hugh Hudson, même si la plupart du temps, on l’associe à son personnage récurrent de Highlander.
Un Celte, donc. Normal qu’il ait été choisi pour incarner Vercingétorix, ce héros arverne qui honore, encore, notre vieille Gaule. Et la bonne ville de Clermont-Ferrand.
Nous n’en savons pas grand chose d’autre, d’ailleurs, de la Gaule, non plus que de son héros, que ce que nous en a laissé Jules César dans sa superbe Guerre des Gaules, au moins effleurée par tous les latinistes.
N’en déplaise à tous les fans de Goscinny (et Uderzo), nous sommes là bien loin du “petit village gaulois”. D’où l’insuccès total de ce film, ni plus ni moins mauvais qu’un autre (peplum, western ou road movie), que tant d’internaute se sont attachés à conspuer.
Il ne s’agissait là, au fond, que d’une histoire, la nôtre, et d’un de nos héros. Compte tenu du peu de données dont nous disposons, le rendu était méritoire, et le travail bien fait. Quelques longueurs, peut-être, mais sans excès. Pas de pathos, ni de flux sanguins inutiles.
La fin dramatique et lamentable du héros, à Rome, nous est ici épargnée. L’auteur s’en tient à la reddition d’un seigneur, encore confiant.
Il s’agit là d’un travail honnête et sérieux qui ne méritait sans doute pas l’accueil déplorable qui lui fut fait. Sans doute le sujet n’était pas assez “porteur“, ce héros paraissant trop sage, dans un monde qui ne l’est pas.
Quant à Christophe Lambert qui semble-t-il intéresse assez peu la presse, il est devenu co-auteur d’un site d’échanges gratuits, pour DONNER (et non vendre) ces objets dont nous ne savons plus que faire et qui peuvent être si utiles à certains. Cela vaut au moins d’être souligné.
Des chats, des hommes et de leurs griffes
J’ai lu dernièrement, par fragments, le Dictionnaire amoureux des chats de Frédéric Vitoux, (de l’Académie française) dont je ne savais, je l’avoue, rien avant. Mais les chats, ce qu’on en dit, ce qu’on en fait et ce qu’ils inspirent ont toujours fait partie de ma vie ; ces amoureux-là, j’en fait partie. La série des Dictionnaires amoureux possède cet avantage incontestable que, sur un sujet précis, le directeur de collection choisit toujours avec le plus grand soin l’auteur le mieux à même d’en faire le tour…. dans l’ordre alphabétique.
J’ignore si M. Vitoux avait, en la matière, plus de dispositions que tant d’autres qui, tels Hoffmann, Baudelaire, Colette, Patricia Highsmith, Cheng Wing fun ou, récemment encore Anny Duperey (les chats de hasard) en avaient largement fait le tour. Du moins trouve-t-on dans cet ouvrage une foule de notations, anecdotes et commentaires sur cet animal qui fascine ses admirateurs et révulse ses détracteurs.
Les détracteurs des chats les qualifient souvent de prédateurs. Ils leur reprochent ce goût immodéré du jeu qu’ils imposent à leurs victimes, qu’incontestablement ils torturent. C’est oublier bien vite que leur instinct seul les y pousse, et sans doute pas une réflexion ou un calcul. Quant à leur caractère, il est quasiment immuable : les chats sont épris de beauté, de calme, de volupté.
- Shima et Iko, européens adoptés, en pleine action
Et d’abord, de liberté. La liberté n’exclut pour eux ni la tendresse, ni la constance. Aimés et confiants, les chats sont fidèles. Ceux qui sont possédés par eux, car les chats nous possèdent, le savent bien.
Dommage que la cupidité des hommes fasse des animaux l’objet de trafics ou simplement de commerce : vendre/acheter un chat, ou tout autre animal de compagnie (quand ce n’est pas un enfant), ne devrait pas même se concevoir. Il y en a tant, déjà, à adopter. Mais ils sont ainsi, les hommes. Enfin, certains d’entre eux…..







