Annotations discrètes

Réflexions et commentaires sur l’actualité culturelle, sociale et religieuse

Archives de novembre 2008

Dans la peau d’un “Ulysse” clandestin avec Eric-Emmanuel Schmitt

sans commentaires

Il ne fait jamais bon vivre dans un Etat totalitaire, mais moins encore, sans aucun doute, dans un pays en guerre. C’est là ce que nous conte Eric-Emmannuel Schmitt dans son dernier roman. Etre Irakien sous Saddam avait au moins l’avantage, pour ceux qui pouvaient fuir, de se voir accepter, ailleurs, un quelconque statut. Fuir un pays prétendûment “libéré” est une tout autre affaire.

Cette fable si réelle nous plonge au coeur d’un sujet qui nous est tristement familier mais dont la plupart de ceux qui sont, là, confortablement assis au chaud devant l’écran de leurs portables, n’ont au fond,  que de vagues notions.

Changer de vie, fuir, partir, recommencer, quelles qu’en soit les raisons, est déjà un  défi récurrent pour la plupart des êtres humains. Mais l’exil, quand on devient l’étranger n’est plus voyage ; ici, c’est  une obsession que nulle Circé n’est  capable de vaincre : le but est inexorable, Londres ou rien, même si, ailleurs, tout est possible. Agatha Christie* et son univers so British doivent se retourner dans leur tombe.

Embarcation de réfugiés

Embarcation de réfugiés

Certes, les narrations de ces destins tragiques sont évoquées ici et là,  et bien  d’autres récits ont depuis fort longtemps traduit tous les exils, nutriments majeurs d’une littérature qui fait toujours, elle aussi,  l’objet de grands débats.

Le regard de M. Schmitt a le mérite d’apporter à cette réalité terrible,  presque toujours sordide qui jamais ne lui échappe et qu’il ne tente pas d’éluder,  la légereté d’un humour tendre, la douceur de la compassion profonde qu’il semble décidément porter à toute forme d’humanité, dans toute sa diversité et qu’il nous invite non seulement à partager, mais encore à mettre en oeuvre.

* elle fait partie des auteurs interdits sous Saddam Hussein

Rédigé par Anne A. Mitteau

Vendredi 28 novembre 2008 à 18 06 31 1131

La fin rêvée du cauchemar publicitaire ?

avec un commentaire

J’avais signé il y a quelques mois une pétition contre la publicité à Radio-France. Il était je crois question d’insérer des “spots” sur France-Culture et, pour certains, dont je suis, de s’y opposer.  Il semble que le débat se soit largement inversé, eu égard à l’enjeu financier, la rente, devrais-je dire, que la pub représente, tant pour ceux qui la vendent que pour ceux qui la font.

La publicité a pour premier rôle (par définition), celui de : rendre public, c’est-à-dire faire connaître à tout un chacun ce qu’il devrait savoir. C’est dire combien elle est utile. Et combien nécessaire. Pour autant….

Ceux qui ont adoré comme moi le film de Joseph Mankiewicz  A letter to three Wives (Chaînes conjugales), auront présent à l’esprit cette scène remarquable où Kirk Douglas, dans l’impressionnante tirade du professeur de lettres qu’il incarne, traduit avec une conviction sans faille la pensée de l’auteur et sa vision, si pertinente, du rôle à venir de la publicité, alors naissante sur les ondes, de sa dérive probable et de ses conséquences. Il ne s’agissait pourtant alors que d’une dérisoire débilité, une imagerie (radiophonique) du Rêve américain fondé en premier lieu sur l’accessible jouissance d’une généreuse prospérité.

Las, les années cinquante sont désormais bien loin, et la publicité d’alors n’a depuis longtemps plus grand chose à voir avec ce qu’elle fut. Otage d’un marketing aussi agressif que notre société elle-même (on peut d’ailleurs se demander, à l’instar de Christophe Colomb, qui, de l’oeuf ou de la poule, a commencé en ce domaine) elle en a envahi toutes les sphères et tous les horizons. Jusqu’à l’insupportable.

NO PUB

NO PUB

Passe encore pour les quelques (rares) spots parfois cocasses à première vue,  lassants dès la seconde  puis définitivement odieux à la troisième. Passe encore pour les quelques images parfois acceptables, quand elles sont encore réelles.  Passe encore pour les  minutes,  puis quarts d’heure d’attente que les écrans publicitaires rognent sur un horaire rarement respecté.

Mais non, et définitivement non à la hideur de toutes ces  images de synthèses, économiquement très rentables pour les concepteurs, où l’horreur le dispute à la vulgarité, à l’ignorance et à la violence. Non au gavage des pauvres et des enfants, tous clients du pire, par défaut.

Allons, Messieurs les parlementaires, encore un effort. Libérez-nous de ce mal inutile qui ronge les plus démunis d’entre nous, ceux qui n’ont pas, pas encore, définitivement TOURNé LE BOUTON.

Pauvre à crédit ou pauvre tout court : quand les lendemains déchantent

sans commentaires

Depuis quarante ans et plus, notre économie aura en grande partie reposé sur le crédit. Les octogénaires d’aujourd’hui ont à ce titre largement bénéficié de ses largesses : ils ont pu, sans douleur, devenir propriétaires de leur logement à une époque où les taux d’intérêt étaient largement rattrapés par ceux de l’inflation. Ceci étant, ils étaient encore rares, dans ces années grasses, à y consentir : on imaginait alors assez mal, au début des années soixante, que l’endettement (le crédit sollicité) pouvait signifier un quelconque enrichissement (la propriété). On avait encore présent à l’esprit cette approche “morale” : vivre selon ses moyens. Pour le moins chez nous. Car déjà, outre-Atlantique, la pratique du crédit se développait. On y vivait déjà au-dessus de ses moyens avec l’argent des autres.

Elle s’étendit peu à peu à tous les “marchés”. Emprunter devint rapidement, en quelques années, une quasi norme pour la plupart des gens contraints par le même “marché”, à assouvir sans le moindre délai des besoins, sans cesse sollicités par les “études de marché”,  de produits toujours plus “nouveaux”, et sans cesse améliorés, (Nouveau! indiquait la pub), rendus chaque jour plus indispensables par le matraquage constant d’une communication publicitaire de plus en plus élaborée, assez sans doute pour être perçue et reçue par les esprits les plus démunis et les moins structurés comme une véritable “culture”. Celle de la CONSOMMATION.

Il y a peu encore, tout était devenu, chez nous, matière consommable : rien, pas même le “religieux” n’échappe plus aujourd’hui à l’approche mercantile, aux lois immondes de la communication commerciale, à cette prise en otage des individus pas les tous ces sbires du “marché” ,  les “écrans publicitaires” et ceux qui les font,  à très grand prix et très grands bénéfices.

Un cercle vient de s’ouvrir qui pourrait être vertueux s’il ne pouvait, à terme, mener de manière vicieuse au désespoir : le surendettement des uns, le manque de crédit pour d’autres, la pauvreté pour un grand nombre mais, plus lourd encore : la prise de conscience à venir, par les uns et les autres,  de l’inanité d’une certaine forme de “consommation”.

avis de ddécès des 129 morts de la rue, La Croix 19/11/2008

Avis de décès des 129 morts de la rue, La Croix 19/11/2008

Que pourra-t-il rester alors d’un monde (le nôtre) qui ne reposait,  pour la plus grande part,  que sur l’assouvissement immédiat d’un désir “fabriqué” de biens ou services, quand ce désir lui-même sera bloqué non seulement par le manque, bien réel cette fois de moyens, mais encore par un sursaut de conscience invitant à le modérer ? Le prix peut-être de notre difficile liberté , ou peut-être la rançon d’une éducation où, pour emprunter à Emmanuel Lévinas,  les enfants sont “éduqués dans la confusion morale sans distinction du bien et du mal (..), sans savoir reconnaître la misère dans les illusions du bonheur et dans le pauvre bonheur des contents et des repus” ?

Peut-être nous faudra-t-il alors reconsidérer notre notion de pauvreté. Elle est encore bien large face à ce qui s’annonce. Si l’on est considéré comme pauvre en France avec 800 euros par mois, que dire des retraités qui, dans nos campagnes en touchent moins de 500.

La Croix publiait dernièrement, à la demande de diverses associations, la liste des 129 “morts de la rue” de la saison d’été (avril à octobre 2008). Quelle est donc leur histoire, aujourd’hui achevée  ? Celle du Malheur sans doute.  Pour autant, rien n’est jamais certain ni définif. Un homme à terre arrive parfois à se relever : c’est à chacun de nous  de lui tendre la main.

Rédigé par Anne A. Mitteau

Vendredi 21 novembre 2008 à 12 12 51 1151

“Qu’a-t-il fait”, Jean Le Fèvre d’Ormesson, gentilhomme, philosophe, écrivain, esthète et catholique ?

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Cette question, qu’il se pose tout au long de son dernier livre,  appelle pour moi une réponse franche et immédiate : il a écrit. Pour le plus grand plaisir de ses nombreux lecteurs. Sans doute s’est-il beaucoup raconté, mais se racontant, c’est toute l’Histoire qu’il leur conte. L’histoire générale, l’histoire des sciences, des lettres et des arts, l’histoire du monde et celle des hommes. Il leur fait rencontrer un “milieu” qui n’est pas forcément le leur, qui les fait quelque fois rêver, que certains jalousent, que d’autres carrément récusent. Mais la Révolution est déjà passée, ne leur en déplaise. Les gentilhommes d’aujourd’hui travaillent et,  s’il leur arrive de réussir, c’est aussi, quelquefois, parce qu’ils ont du talent.

M. d’Ormesson aura eu, comme il l’a encore, le talent d’aimer la vie, d’aimer dormir, d’aimer rêver, d’aimer aimer. Certes, il a eu l’opportunité de le faire ; mais il a eu, comme il l’a encore, le talent de faire partager le fruit de sa curiosité insatiable : une culture d’honnête homme qui imprègne chacun de ses livres sans jamais la moindre afféterie, car il a la simplicité des grands.

Ce qu’il a fait : témoigner d’un temps qui n’est déjà plus le nôtre, mais auquel il s’est adapté. Eveiller des curiosités, attiser des élans, ouvrir des regards et, peut-être, des consciences. Il a tant aimé Chateaubriand qu’il a su, aussi, le faire aimer à d’autres. J’en suis. Qui sait si, sans ses évocations passionnées, j’aurais jamais eu cette ardeur à me plonger, m’y délectant, dans les Mémoires d’Outre-tombe ?

Château de Saint-Fargeau

Château de Saint-Fargeau

Je passe chaque été  par Saint-Fargeau pour me rendre en Bourgogne, et chaque fois ressens cette même émotion : c’était là le Plaisir de Dieu, autant dire un temps qui n’est plus. Dieu, dont Jean d’O ne craint pas de parler, car il est catholique, tout imprégné de ces valeurs chrétiennes qu’il a si bien rappelées l’hiver dernier aux Chrétiens de France pour sauver ceux  qui souffrent en Irak.

Je déplore pourtant qu’il consente encore,  par obligation sans doute, à se “produire” sur certains plateaux-télés où la laideur de l’environnement le dispute le plus souvent à la vulgarité tonitruante de l’animateur : que va-t-il faire dans ces galères ?

C’est logiciel, c’est libre et c’est à Limoges : Linux à la BFM

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Je me dois tout de même d’en parler ici, puisque je suis après tout un usager actif de tous ces logiciels libres mis fort gracieusement à la disposition du public,  par la communauté GNU.

A moi donc, comme à tant d’autres, les Firefox, Thunderbird, Openoffice et autres logiciels libres qui fonctionnent en dehors du géant américain (que je ne nommerai pas ici), sans s’imposer.

Pour la quatrième fois consécutive, Limoges est en novembre un pôle de liberté cybernétique, si je puis dire, dans l’antre lumineuse de sa belle Bibliothèque.

A tous ceux qui douteraient encore des charmes de cette ville, je renvoie à quelques belles images d’une cité trop longtemps décriée à plus d’un titre, et d’abord celui de ses garnisons appelées maintenant à disparaître, mais qui demeure, au-delà du temps, celle du Feu et de ses Arts, celle aussi d’Auguste Renoir.

Rédigé par Anne A. Mitteau

Vendredi 7 novembre 2008 à 10 10 51 1151

L’éblouissante éclipse (philosophique) de Philippe de la Génardière

sans commentaires

Voilà assurément un livre qui ne drainera pas, à l’instar du nouveau Président d’Amérique, l’hystérie des foules. Ce n’est d’ailleurs pas à elles qu’il s’adresse, mais plutôt à tous ceux que préoccupent encore l’Idée, la Pensée et la Beauté qui ont progressivement déserté notre monde, au profit de valeurs autrement marchandes, dont la jeunesse n’est pas la moindre. A ceux, aussi, qui sont atteints par l’inexorable course du temps, et l’instant, fatidique, de la cinquantaine franchie et des rêves déçus.

“L’esprit et le corps luttent quarante ans : c’est là le fameux âge critique dont parle leur pauvre science, la femme stérile” écrivait au siècle dernier  Oscar Vladislas de Lubicz Milosz qui m’a profondément marquée quand j’en avais vingt (ans) et que je cite ici de mémoire. Cela m’est donc une grande découverte que cet auteur flamboyant, de mon âge, et que jusqu’alors j’ignorais. A preuve, encore,  que les découvertes se font à tout âge, et jusqu’au terme pour qui garde les yeux (et les bras) grands ouverts.

Serres du Jardin des Plantes à Paris

Serres du Jardin des Plantes à Paris

Avec ce roman au style quelque peu proustien, Philippe de la Génardière nous conduit et nous entraîne,  avec une lenteur calculée, au plus profond d’une réflexion sur une culture réduite aujourd’hui à une seule valeur marchande proposée par les animateurs medias, mais il nous plonge aussi, et avec un humour détonant, au coeur de la réalité physique de l’échec, de la chute et de l’incroyable rebond de la vitalité première, tropicale, primitive dont peut encore faire preuve un homme, aujourd’hui.

Ce cheminement est une régal pour l’esprit, une gourmandise littéraire à savourer avec lenteur, jouissance et délectation.

Rédigé par Anne A. Mitteau

Mercredi 5 novembre 2008 à 12 12 00 1100