Annotations discrètes

Réflexions et commentaires sur l’actualité culturelle, sociale et religieuse

Archives de mars 2009

A relire d’urgence pour éclairer la crise d’aujourd’hui :”Un testament à l’anglaise” de Jonathan Coe

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Jonathan Coe est décidément un grand écrivain, (pourvu de l’excellent traducteur Jean Pavans) mais ce n’est pas son très émouvant dernier roman que j’évoquerai ici. Comme tout écrivain (véritable), J. Coe est un visionnaire. Et tout était dit, déjà, dans ce qu’il écrivait à trente ans, il y en  quinze déjà, sur ce qui ne pouvait qu’engendrer la “vraie crise” que nous vivons aujourd’hui : la parfaite déliquescence d’une société exclusivement guidée par le souci de sa propre satisfaction, et une économie dominée par une offre qui désormais précède la demande.

Ce livre est simplement jubilatoire. La traversée du demi-siècle d’histoire anglaise où nous emmènent les tribulations de Michael Owen, écrivain solitaire et désinspiré,  est un parcours terriblement excitant, tragique et drôle qui replace dans leur contexte tous les ingrédients sociétaux de l’Occident d’aujourd’hui. Certes, nous sommes ici en Angleterre, mais au fond, nous sommes partout.

L’Establishment , dont il est ici largement question,  aura eu beau jeu de faire prospérer, à l’instar de ce qui s’est passé  ailleurs, une consommation de masse érigée en système. L’austérité n’enchante pas les peuples qui demandent toujours plus de pain et de jeux. Le portrait caustique de quelques puissants nous invite dans les coulisses  du Pouvoir où le mépris obcène du peuple n’a d’égal que l’inépuisable source de profit qu’il représente pour eux. Cette comédie humaine qui couvre trois générations ne peut manquer d’interpeller ceux qui, en somme,  ont connu la  relative douceur de vivre dans un monde encore limité à la satisfaction de ses besoins, mais dont ils ont pourtant contribué le plus, pendant quarante ans,  à  étendre les contours  jusqu’à les  défigurer.

Que le lecteur pour autant se rassure, tous les comptes seront finalement réglés sous le crayon de l’auteur qui, véritablement, rayonne en nous offrant en prime quelques  pages d’anthologie sur les arcanes du pouvoir, le marketing info-medias, la création littéraire et artistique et la dérive alimentaire,  jusqu’à l’apothéose d’un final inénarrablement  anglais.

Quand au thatchérisme qui est la toile de fond de cet incroyable roman, il n’aura été sans doute que la conséquence logique du déclin de l’Empire britannique et de la situation de  l’Angleterre des années 70,  désindustrialisée et de surcroît  figée dans l’inertie  d’une administration aussi gloutonne que tentaculaire et improductive. Nul ne peut nier les dégâts causés par la radicalité du changements, mais nul ne constestait pourtant, avant la crise actuelle,  qu’ils aient été finalement salutaires au redressement et à la vitalité de ce très grand pays. Comment justifier  autrement le tropisme majeur qu’exerce encore la verte Angleterre sur tant de candidats à l’exil ?

Le chemin de l’Enfer (économique) passe au-dessus des bonnes intentions

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Etre trop riche en France n’est plus une sinécure depuis que Nicolas Fouquet commit l’insigne injure d’étaler ses richesses devant son Roi exsangue. Il en fut bien puni, mais cela ne changea guère le sort de tous les pauvres qui en France, en ce temps-là, étaient légions. Ce n’est plus, même aujourd’hui,  tout-à-fait le cas.

Si l’on veut bien exclure ici (la parenthèse mériterait bien davantage que ce simple billet) l’argent indigne de tous ces trafics divers et variés qui échappent encore au contrôle de presque tous les Etats,  pour ne s’en tenir qu’à celui que génère l’Economie aujourd’hui chancelante, (on lui a tant reproché d’être horrible) il y a tout de même lieu de s’interroger sur le comportement apparent d’un très grand nombre de Français qu’indignent à juste titre des profits scandaleux de certains mais qui donnent généreusement aux Jeux de  l’Etat qu’ils conspuent bien plus encore que ce qui lui rapporte les fortunes qu’ils rêvent pourtant d’atteindre et que de toute évidence ils envient.

Gagner sa vie est dans la plupart des cas le souci de chacun, même si un nombre croissant de gens espèrent le faire facilement et sans trop d’effort. Avoir un emploi est encore, de ce point de vue,  le premier sinon le seul moyen de le faire. Encore faut-il qu’il y en ait un.

Sauver les entreprises qui restent, encourager celles à venir et former de nouvelles compétences  me semble donc,  de ce point de vue,  la plus positive des démarches entreprises par un certain nombre d’Etats, dont le nôtre. Le bouclier fiscal en fait partie, qui limite la pression sur les créateurs, communément considérés aujourd’hui comme fournisseurs d’emplois.

Mais le quasi lynchage médiatique auxquels sont livrés aujourd’hui un grand nombre d’entrepreneurs risque à terme de les détourner de chez nous. Leur imposer en outre, et  par la loi,  une morale qui n’a déjà  plus cours ailleurs, ne palliera pas ce manque à gagner.  On ne peut à la fois tendre la carotte ET le bâton. L’argent des affaires, du travail, de l’emploi lui,  circule. Il pourrait aussi bien aller circuler ailleurs. Il y a d’autres paradis pour les entrepreneurs.  Les bonnes intentions ne sauraient seules paver ces chemins-là.

Rédigé par Anne A. Mitteau

Samedi 28 mars 2009 à 11 11 42 0342

Ecrire libre pour le plaisir ou pour le profit…. des autres ?

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écrire.......

écrire.......

J’écris depuis toujours. Cela m’a même, longtemps,  permis de vivre. C’était donc par nécessité, même si j’y prenais parfois, et même le plus souvent, le plaisir de le faire bien. Maintenant, je n’écris plus que  par plaisir, ou par cette autre forme de nécessité que m’impose les flux convergents de mon âme, mon coeur et mon cerveau. Parce que je vis et pense ; je crois d’ailleurs que je commence à penser avant de vivre. C’est ainsi. La vie de mon temps m’interroge, me questionne, me harcèle et me dérange. J’aime étrangement la Beauté, la fraîcheur, la candeur, pour ne pas citer l’Innocence.  Autant dire que je ne suis plus de ce monde si empreint de conflits, de rejets, d’intérêts,  de laideur. Mais pareil à ce qu’il fut, en somme, de toute éternité. L’Homme est entre Dieu et Diable, libre d’aller de l’un à l’autre ou même nulle part ailleurs qu’en lui-même. S’il le veut. Je serais tentée de dire : s’il le peut.

Notre esprit seul peut être vraiment libre, pourvu encore qu’il soit construit. De ce point de vue, rien n’est jamais perdu. J’ai toujours en mémoire ce Padre Padrone des frères Taviani, qui représentait assez bien tous les “possibles” pour qui n’a jamais eu la moindre chance de trouver “sa” meilleure place au départ.

J’ai déjà dit ici tout le bien que je pense d’internet et de ce libre accès à tant de connaissances. Encore faut-il qu’elles soient bien exploitées. Cela demande un minimum d’effort,  pas mal, aussi,  de réflexion et de recul et, en amont, de connaissances. J’ai derrière moi plus de cinquante ans de lectures, des années d’études, de recherches constantes sur des sujets les plus variés. Ma mémoire n’en a conservé qu’une infime substance, mais elle est concentrée. Elle fournit le support de mes billets.

Depuis plus d’un an que je “blogue”, j’ai vu s’accroître mon nombre de “lectures”. j’avais dès le début indiqué sur mes pages que ce blog était bien indexé, par égard pour les professeurs qui chaque jour sont  confrontés au pillage de “devoirs” en ligne. Il est malgré tout peu problable qu’ils aient le temps de vérifier et quand bien même, ce ne serait qu’un moindre mal, eu égard à ce que l’on voit.

D’autres ont trouvé, dans cette explosion de blogs une nouvelle source de profit. C’est le cas de Paperblog, magazine en ligne qui recense les “meilleurs billets”, livrés pro Deo à la lecture publique. Pourquoi pas après tout ? Je serais bien mal fondée à m’en plaindre : on y trouve les miens.

Rédigé par Anne A. Mitteau

Jeudi 26 mars 2009 à 16 04 17 0317

Ce n’est pas la vidéo-surveillance, qui est liberticide, mais la conduite des hommes eux-mêmes

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Si l’on doit en arriver là, ce qui peut sembler dommage, ce ne sera qu’une des conséquences logiques et raisonnables d’un triste constat :  dans notre monde sans limite, tout peut arriver, même le pire (qui  pourtant n’est jamais certain).

Le vieux poncife, redoutable, suivant lequel “la liberté des uns s’arrête où commence celle des autres” n’ayant plus cours et depuis fort longtemps, on ne peut s’étonner qu’une telle mesure, qui fait par ailleurs ses preuves,  soit à l’ordre du jour. A défaut de de cette autorité qui l’aurait, peut-être, prévenu, voire empêché, aurons-nous du moins de ce délit récurrent qui empoisonne la vie de tant de citadins : l’insulte, la bousculade, voire l’agression, la preuve qui permettra de le sanctionner, de le décourager peut-être et in fine de l’éviter.

Je m’étonne que, dans ce monde  orwelien qui est peu ou prou devenu le nôtre,  l’on puisse encore s’indigner devant un procédé qui n’est qu’un parmi tous ceux qui depuis longtemps nous tracent : téléphones portables, distributeurs automatiques, caisses enregistreuses, ordinateurs, réseaux sociaux, décodeurs TV même, sans compter les nombreux fichiers dans lesquels nous nous sommes inscrits nous-mêmes et où tout de nous, déjà, est connu. C’est encore un combat d’arrière garde, une salve de désespoir tirée par des vaincus.

Le vrai combat serait ailleurs, dans une limitation de l’égo qui laisse rappeler à chacun que : non, il n’est pas seul. Il y a aussi les autres. Il faut veiller au moins à en tenir compte. Mais face à l’ampleur du désastre, il faudra veiller longtemps.

Rédigé par Anne A. Mitteau

Mercredi 25 mars 2009 à 13 01 22 0322

Les statistiques n’ont pas à être “ethniques”, mais à prendre en compte des paramètres concrets

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C’est agaçant, à la fin, cet usage abusif du terme “ethnique”. On se croirait dans un cours de socio des années 70, en train de rebâcher Mauss et Levy-Strauss. Il est décidément plus facile de parler des bêtes que des hommes.  On usa longtemps d’ un vieux mot, pour définir les différences apparentes des uns et des autres, qui s’appliquait à tous, hommes et bêtes. Mais voilà, plus question de le prononcer. Race. Un mot  aussi signifiant que celui de  racines, qui sont propres à chacun d’entre nous, même quand on les ignore,  et que traînera encore longtemps la généalogie de notre espèce. Un  mot que  Gobineau,  certes,a perverti. Mais oublions un peu Gobineau ! Et souvenons-nous plutôt de Bartolomeo de Las Casas ou mieux encore, lisons ou écoutons Yves  Coppens

Je ne me suis jamais demandé de quelle “ethnie” j’étais. J’ai appris en un temps qui n’a plus court, qu’une classification permettait l’étude et qu’il fallait bien classer. Nous sommes, nous humains,  tous pétris de chair, d’eau et de sang et tous sexuellement compatibles. Mais nous sommes en apparence différents : blancs, cireux, bruns rouges ou noirs de peau ; issus d’origines et de contrées diverses, mélangés, métissés. Et nos chemins nous sont propres, qui nous menés là où nous sommes.

Que peut faire pour lui  l’administration d’un pays libre et protecteur qui ignore ce qu’est réellement sa population ? On a depuis des années dépouillé des données statistiques tous les paramètres déterminant les spécificités de chacun. Origine géographique, culture ou religion.  Les chercheurs de l’INED ont bien du mérite dans la poursuite de leurs travaux et Michèle Tribalat s’en est largement fait l’écho.

Il semble que tout en ce domaine fonctionne plus ou moins “à la louche” de données parfois arbitraires de telles ou telles organisations, associatives ou pas, relayées souvent sans contrôle par des organes de presse ou des medias qui en font leurs choux gras. Cela n’est pas sérieux. Chacun y va de son “stigmate” quand il ne s’agit que de connaître, comprendre, résoudre ou du moins tenter de le faire.

On ne fait pas de bonnes statistiques sans de bons paramètres. En matière de population, l’origine géographique et culturelle est probablement le plus concret.

Rédigé par Anne A. Mitteau

Lundi 23 mars 2009 à 21 09 48 0348

La jupe d’Adjani: plaidoyer ET réquisitoire pour l’Enseignement français laïque ET obligatoire

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lyceens_kati1 (wikicommons)

Classe de lycéens à Kati (Mali) en 2005

Cette “Journée de la jupe” présentée hier soir par ARTE sera je suppose partie droit au coeur de nombreux enseignants, trop souvent nommés “profs” et dénués dès lors, de tout de le poids légitime de leur fonction.

Une classe comme celle-ci, au Mali, les ferait rêver, quand certains, trop d’entre eux cauchemardent aujourd’hui à l’idée de se présenter devant des individus instables et déchaînés dans des lycées qui ne sont pas seulement de banlieues ou de “cités”.

Pour ma part, je salue cette entreprise téméraire. Téméraire, parce qu’elle montre sans aucun doute UNE réalité. Qui ne satisfait a priori que les medias, toujours  si prompts à s’en emparer et à lancer sur le sujet de pieux débats.

Tous les thèmes du malaise social sont abordés ici, avec vigueur, avec excès, mais toujours sur le registre du plausible. Ce qui se passe entre les murs , Laurent Cantet venait de le montrer. Mais les élèves étaient plus jeunes. Ici, ce sont des hommes, déjà, ou presque.

J’avoue n’avoir pas vu en Isabelle Adjani l’actrice mûrie qu’elle est devenue, c’est notre sort à tous, mais la conviction de ce qu’elle représente, à l’instar d’autres  personnalités en vue ou non  issues comme elle d’une immigration extra-européenne, d’efforts, de patience, de contrainte pour parvenir à cet état souverain de citoyen libre,  assumé et autonome.

Certains se gausseront d’une idée qui paraît aujourd’hui dérisoire : la jupe. Sans doute pas tous ceux qu’inquiète le poids des cultures sur le sort de tant de jeunes filles et qui se démènent pour y remédier.

Quant à la violence qui règne, elle fait la une des quotidiens et n’est, malheureusement, pas près de cesser. Molière n’y pourra pas grand chose. Mais le port d’uniforme dans les écoles pourrait peut-être, comme on l’a retrouvé il y a quelques années dans le Bronx et à Manhattan, et comme c’est l’usage un peu partout ailleurs, contribuer à calmer le jeu.

Rédigé par Anne A. Mitteau

Samedi 21 mars 2009 à 11 11 29 0329

Le catholicisme n’a pas à satisfaire à l’hédonisme, et il n’est pas obligatoire !

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Crucifixion de Saint-Pierre, F. Lippi, Florence, 1482

Crucifixion de Saint-Pierre, F. Lippi, Florence, 1482

Je serais tentée, comme ce cher Bruno Frappat, de laisser “glisser”, devant la chute de tant d’outrance. Passe encore des medias qui ont pour seul penchant la sensation, le saignant, le conforme. C’est toujours par le bas qu’ils trouvent leur audience. Quant aux laïcs, qu’ils fassent après tout ce qu’ils veulent.

Mais quand des catholiques, tels M. Juppé, qui n’a pourtant pas été,  dans sa ville, exempt de soucis ecclésiaux, s’indigne à l’instar de tant d’autres cibles médiatiques de la prétendue position du Pape, je m’insurge.

Benoît XVI est villipendé comme l’est aujourd’hui toute forme de transcendance. Sa hauteur de vue, sa connaissance et son humanité avaient, semblait-il pourtant, fait l’unanimité lors de son dernier passage chez nous. Il est vrai que la ferveur impressionne ceux qu’elle n’atteint pas, qui la méprisent, par manque, sans doute. Ils n’ont de cesse d’en infirmer le sens, pour employer cet euphémisme.

C’est oublier que rien n’oblige. Rien n’est plus difficile que d’être catholique, de vivre au quotidien l’amour de l’autre, la tolérance et le pardon. Et la liberté qui va avec. Car le Chrétien, le catholique EST LIBRE, on ne le répètera jamais assez.

Le Pape est dans son rôle en rappelant sur quoi se fonde notre Eglise, sachant à qui, d’abord, il s’adresse. Ceux-là comprendront et sauront faire la part des choses. La part qu’ils font toujours.

L’hédonisme qui ravage nos sociétés se situe le plus souvent de chaque côté de la ceinture. Bien loin en tous les cas du siège de la Foi, de l’Espérance et de l’Amour qui nous transcendent  le coeur l’esprit et le corps, qui les accueille.

Il est heureux encore, qu’on nous rappelle à ces hauteurs dont tout le matérialisme ambiant nous invite sans cesse à descendre. De ce point de vue, Benoît XVI nous y invite. Libre à chacun d’y penser et de lui rendre grâce, ou pas. Mais alors, que cesse ce vacarme !

Rédigé par Anne A. Mitteau

Jeudi 19 mars 2009 à 19 07 12 0312

Grande rétrospective et fin d’illusion : Chirico à Paris, Palais de Tokyo

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Je ne me souvenais  que de quelques oeuvres de Chirico, les plus caractéristiques sans doute de son époque surréaliste qu’il avait pourtant précédée,  mais ignorais au fond à peu près tout de son oeuvre ou l’avais du moins oublié, depuis mes vingt ans à la chute de ce même Mouvement.

Palais de Tokyo (MAM de la ville de Paris)

Palais de Tokyo (MAM de la ville de Paris)

Un quart de siècle que l’on avait pas réuni autant d’oeuvres si dispersées  et de ce point de vue, l’expositionLa fabrique des rêves” du Palais de Tokyo est prodigieuse.

Ce qui l’est moins, en tous cas pour moi, est le sentiment de frustration que j’ai éprouvé devant le spectacle de l’ oeuvre, toute une vie en somme, et celui de son auteur, largement mis en scène ici  par les muséographes autant que par lui-même déjà, de son vivant.

Quand l’inspiration se tarit, ou pour quelque autre raison d’ailleurs, (le plus souvent matérielle), certains auteurs de livres, de musiques ou de peintures recommencent le  schéma de leur succès passé.

Chirico poussa à l’extrême ce procédé en se copiant lui-même, après avoir copié les autres comme pour démontrer toutes ses capacités, reproduisant à l’envi et quasiment en série les toiles qui l’avaient fait connaître cinquante ans plus tôt.

Je trouve pour ma part assez affligeant de voir ainsi livrés en pâture la vie d’une oeuvre mais surtout l’intimité de son auteur, car il ne s’agit plus aujourd’hui de présenter des oeuvres qui peuvent ou non nous plaire ou nous séduire, nous questionner et parfois même nous transcender, mais bien de nous imposer l’interprétation qu’en font tous leurs “experts” et autres exégètes, si rarement créateurs eux-mêmes, qui condescendent en quelque sorte à nous éclairer.

Heureuse d’avoir enfin pu contempler ces  arcades récurrentes et leurs ombres hallucinantes qui m’avaient jadis fait rêver, je suis sortie déçue et quelque peu amère d’un rêve éteint par leur confrontation. C’est cela aussi, le risque de l’exposition.

Rédigé par Anne A. Mitteau

Mercredi 18 mars 2009 à 12 12 47 0347

Réforme territoriale 2014 : pourquoi pas une nouvelle Province ?

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J’ai toujours (ou presque) vécu en province et  n’ai jamais aimé le terme de “région”. Le découpage de nos Régions correspondait déjà assez peu à la culture de leurs territoires (le Bourbonnais est sans doute plus proche du Bourguignon que de l’ Auvergnat et l’Ardéchois   probablement assez éloigné du Savoyard  auquel il est rattaché. Question d’histoire, mais surtout de géographie.

Le Massif Central

Le Massif Central

Ce qu’on nous propose aujourd’hui représente pour certaines d’entre elles un quasi déni. Rattacher l’Auvergne à la déjà immense et puissante Rhône-Alpes, par exemple ; ou même encore, la rattacher au  Limousin, car on est encore sûr de rien. Peut-être dépecer le Poitou pour repeupler le Limousin et agrandir encore l’Aquitaine ? On n’en sait rien.

Il semble que M. Balladur (ou son comité) n’ait pas pensé un seul instant qu’il y avait, dans son projet, une opportunité, peut-être, de redistribuer des cartes jusque là assez mal données. Pourquoi pas, en rognant sur leurs alentours, créer enfin, comme une nouvelle province,  un large Massif Central qui est après tout le coeur de ce pays ?

Par les temps qui courent (et sont encore à venir), qui sait s’il ne sera pas plus agréable de vivre dans tous ces lieux aujourd’hui tranquilles et vastes où bien des gens pourraient trouver une douceur de vivre qu’ils ne trouveront jamais au sein des métropoles surpeuplées qu’on nous annonce de toute part comme l’avenir de nos sociétés ? Que savons-nous de cet avenir, d’ailleurs ?

Quoi qu’il en soit, il faudra “faire avec”.

Quant à la France, elle  est le plus souvent coupée en deux. Quel que soit le gouvernement en place, le projet, les résolutions, les dispositions qu’on leur propose, il y a toujours ches les Français, à parts quasiment égales,  ceux qui sont pour, et ceux qui sont contre. Sauf si demain, et pour de vrai, on rasait gratis. Là, tous les Français,  enfin,  seraient d’accord.

Patrimoine d’usine et triste fin de partie : pneus Englebert, Uniroyal, Continental

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Ce n’est pas sans émotion que j’ai appris, comme tout le monde, la fin programmée de l’usine Continental de Clairoix . Car sans elle, je n’aurais probablement jamais vu le jour.

pneu Il a fallu que Georges Englebert,  le fils d’Oscar ,  fasse l’acquisition, en 1936, d’une usine de soieries près de Compiègne, qu’il  confie l’installation d’une nouvelle usine de pneus  à  celui qui avait déjà implanté celle d’Aix-la-Chapelle, que ce dernier ait  deux filles et que l’une d’elles rencontre,  parmi les nombreux ingénieurs que son père devait recruter, celui qui allait devenir le mien.

On ne trouve aujourd’hui plus aucune trace de Walthère Demarche, qui dirigea  vingt deux ans encore cette usine Englebert qu’il avait montée,   qui employait alors 1700 salariés et donnait à la ville une nouvelle prospérité. Seuls les Compiègnois très âgés s’en souviennent peut-être, tout comme certains de mes amis, plus jeunes, qu’il fascinait par sa sagesse, son savoir et sa gentillesse.

J’appris beaucoup plus tard qu’il devait une grande partie de son élégance, car mon grand père était élégant, à la gratitude d’un tailleur juif qu’il avait caché et sauvé et qui lui offrit, après guerre, la totalité de ses beaux costumes.

Après lui  les pneus  ont changé, comme le reste ;  l’usine est devenue  Uniroyal puis Continental.  J’ignore ce qu’a été la vie de cette usine et de ses employés  pendant toutes ces  années, mais j’imagine le désarroi de la ville où je suis née  face à la perte de ce qui la faisait vivre depuis  soixante dix ans.

J’éprouve une grande compassion pour  tous ceux dont l’avenir est aujourd’hui si fortement assombri par la suppression annoncée . Savoir que cette usine figure déjà  au patrimoine culturel me semble presque aussi infâmant que le mépris affiché par notre époque pour le fruit de l’effort, de la patience et du labeur des hommes qui décidément ne valent plus grand chose face à la quête d’autres de profits.

On a beau dire que la roue tourne, j’ai du mal à imaginer que ce soit sans pneu.

Rédigé par Anne A. Mitteau

Samedi 14 mars 2009 à 21 09 21 0321