Archives de mai 2009
Esprits troublés, corps malades et âmes errantes : le juteux marché des sectes et autres “coaches”
On peut se réjouir qu’un nouveau procès mette en cause, à Paris, les méfaits de la scientologie, espérant qu’il sanctionnera certains des abus manifestes que cause, depuis cinquante ans, la théorie oiseuse d’un auteur de science fiction mais, bien plus encore, la gigantesque et si prospère organisation qui la représente.
Ron Hubbard fit ses débuts dans les pulps, magazines bon marché alors dédiés au genre (la SF), puis imposa une théorie, la dianétique, bientôt qualifiée par un de ses pairs de “révision lunatique de la théorie freudienne”, ressemblant à une “superbe escroquerie rémunératrice”.
Pour autant, les victimes sont souvent consentantes.
Dans “La pitié dangereuse”, Stephan Zweig évoque le passé du père de l’héroïne. Alors petit affairiste sans scrupules, il fut confronté à une employée de maison devenue héritière d’une fortune qu’elle n’avait ni souhaité ni espéré. Il la trouve désemparée par cet héritage contesté, la manipule habilement, non sans componction, pour racheter à très bon compte la totalité de ses biens. Mais une fois parvenu à ses fins, prévoyant jusqu’au versement d’une rente modeste à la jeune femme qu’il a grugée et l’organisation de son départ, elle lui témoigne une reconnaissance si sincère d’avoir ainsi réglé ses affaires qu’il en est d’abord stupéfait puis ému, si ému qu’il refuse enfin qu’elle s’en aille, soudain séduit par la fragilité mais surtout l’intégrité de sa personne. Profondément épris, il l’épousera peu après et ils s’aimeront jusqu’à sa mort.
Ce n’est malheureusement pas ainsi, ou pas souvent, que se terminent les histoires de manipulations. Et les rentes servies ne le sont pas aux victimes, mais bien par les victimes elles-mêmes, à ceux qui les exploitent.
Il y aura toujours des affligés de toute sorte prêts à croire à n’importe quoi. La plupart des sectateurs n’en ont pas vraiment fait le choix. Ils veulent d’abord trouver la force, le courage ou seulement une raison de vivre leur vie, bien ou mieux, sans plus attendre, à l’instar, croient-ils, de ceux qui les y “invitent”. Tout, dans notre société les contraint à cette impatience. Ils ne trouvent la plupart du temps que des illusions de croyances, de recettes ou de procédés qui ne visent à terme qu’à les déposséder non seulement de leurs biens mais pire encore d’eux-mêmes.
La plupart des sectes ne sont souvent que des réseaux sociaux, commerciaux, financiers (voire militaires) et même “religieux”. Certaines revendiquent, comme la scientologie, le nom d’église, relevant ainsi de cette imposture que permet, dans un grand nombre de Constitutions, leur assimilation à des associations ou organismes cultuels, et partant assortis de certains “avantages”, dont la protection de l’Etat. On comprend mieux, dès lors, leur insistance dans cette voie.
Quelle que soit l’issue du procès, un parmi d’autres, le glas ne sonnera pas encore sur cette puissante organisation. Son bruit médiatique n’aura lui-même que peu d’effet sur de potentiels adeptes. Moins sans doute, et c’est plutôt réjouissant, que l’incroyable et tardive “success story” de Susan Boyle, sublime contre-pied à l’offre sectaire.
Ces soi-disants “thérapeutes”, maîtres des âmes
La Croix titre aujourd’hui sur ces manipulateurs qui prétendent vaincre “de l’intérieur” les pires maladies que la médecine elle-même, avec tous les moyens qu’elle peut mettre en oeuvre, ne parvient pas toujours à guérir, mais qui a au moins l’avantage de tenter de le faire honnêtement.
Irène Nemirovsky a éclairé avec brio, en 1932, ce processus d’aliénation dans “le Maître des âmes”, publié seulement en 2005. Il s’agit là d’un roman terrible de l’émigration, de la conquête et de l’emprise d’un être, médecin devenu charlatan par revanche plus que par ambition, sur un public trop attentif à soi-même pour faire preuve de discernement. Malgré le temps et tous les changements intervenus depuis lors, rien n’y est vraiment “démodé”.
Il en va des faux thérapeutes comme de certains sectaires, qui préconisent parfois des pratiques qui peuvent s’avérer mortifères ou à tout le moins délétères. (Les témoins de Jéhovah ne tolèrent aucune transfusion sanguine, par exemple). Qu’importe d’ailleurs ce que sont ces pratiques si elles remportent l’adhésion d’un public ou d’un auditoire.
Le libre-arbitre n’est pas chose si bien partagée et le bon sens n’est plus de saison. La Foi elle-même fait l’objet d’un vaste marché où les gourous se pressent en promettant des jours meilleurs, le succès ou la guérison à tous ceux qui sont, il faut le dire, prêts à croire n’importe qui et à n’importe quoi.
Petits et grands profits du travail bénévole
Je m’étais intéressée, il y a déjà plusieurs années, à cette “manne économique” que représente le travail bénévole des retraités. Des études sérieuses ont été faites sur le sujet, qui sont je crois assez éloquentes : en 2002, le poids de l’activité bénévole représentait près de 820.000 emplois (équivalents temps plein) comme on peut le lire dans le rapport de Lionel Prouteau (“La mesure et la valorisation du bénévolat”, Colloque Addès, juin 2006)
Actifs ou retraités, nous sommes tous, ou presque, des travailleurs bénévoles, puisque c’est ainsi que l’on qualifie ce que l’on fait pour d’autres, au gré de notre “bon vouloir” comme l’indique le terme lui-même. Un bon vouloir qui en principe n’attend rien en retour de ce don de soi-même, cette aide et ce partage nourris d’échanges, de sollicitude ou de compassion selon l’objet de la mission et la fonction du “donateur”. Un bon vouloir qui est (ou devient) parfois pour certains un travail à temps plein et une aubaine pour ceux qui l’utilisent sans le moindre débours.
Cette manne assez considérable permet le fonctionnement d’une majorité d’associations voire d’organisations qui ne sont pas toutes, tant s’en faut, charitables et qui, sans la gratuité du travail bénévole, ne pourraient tout simplement exister.
Dans un monde régi par l’argent, on ne peut donc que s’en réjouir. Pour autant, l’argent semble plus facile à trouver que le temps. Dès lors qu’ils sont sollicités pour une “bonne cause”, la plupart des gens se font donateurs – mais pas forcément bénévoles-, même si, en temps de crise, leurs budgets se restreignent, comme le redoutent la plupart des associations. Celles-ci n’hésitent plus, d’ailleurs, à recourir aux méthodes des entreprises, en “recrutant” des donateurs, tout autant que des bénévoles, à l’aide de personnels ….rémunérés.
Dans ce qui est devenu aujourd’hui un véritable “marché solidaire”, on ne peut que louer l’abnégation, le mérite mais aussi la valeur de ceux qui donnent, de l’argent ou d’eux-mêmes, sans intérêt ou, au plus, celui d’une simple reconnaissance, voire d’un statut qui n’ôtent rien à la générosité de leur démarche. Car c’est bien là une valeur considérable, qui permet de générer des profits qui, d’une façon ou d’une autre, se répartissent. Même si ce n’est pas toujours vers les plus nécessiteux.
Elections européennes : voter, mais pour qui ?
Alors que la campagne pour les Européennes vient de s’ouvrir, je viens de perdre une heure à chercher (en vain) une liste de candidats à la fonction, enviée, de parlementaire européen dans ma région (Massif central, Centre). Démarche impossible.
Européenne par origine, par nature et même par vocation, je m’étonne de cette lacune qui suffirait, à elle seule, à décourager les meilleures volontés. Ainsi le site du Parlement européen, auquel renvoient la plupart des autres sur le sujet, ne fait état à ce jour, 14 mai, d’aucun candidat pour nos régions. A moins que je n’y aie rien compris.
L’Europe est pourtant bonne à prendre, l’Irlande en a su un temps quelque chose, qui bénéficia si largement de tant et tant de subventions. Comme tant de ceux qui, sans activité spécialement agreste ou même agricole, on reçu – c’est à présent chose publique- des aides qu’il serait opportun d’expliquer.
Nous n’aurons, à la fin du compte, que 72 députés français, soit 6 de moins que précédemment. J’ai cru comprendre que ma région en perdrait un. Mais qui sera sur les affiches quelques jours avant le scrutin, pour l’instant, je n’en sais rien.
Voter, mais pour qui, sinon pour rien ?

