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réflexions et commentaires sur l’actualité littéraire, politique et religieuse

Archive pour 'Christianisme' Categorie


Motu proprio : oecumenisme et retour de goupillon

Publié par Anne A. Mitteau sur 5 août 2008

Il y a plus de quarante ans que Vatican II a débarrassé notre Eglise de tous ces oripeaux qui m’en avaient, comme tant d’autres, écartée. Comme tant d’autres encore, j’y suis retournée pour y partager, dans mon village, ces moments intenses de fraternité et de grâce qui font la joie des chrétiens. Dans le dénuement et la modestie de célébrations proches, sans doute, des origines. Dans la beauté des chants qui rassemblent, des lectures qui impliquent et la sincérité de toute une assistance attentive, guidée par sa seule Foi.

Mon village était semblait-il bien loin de tous ces nostalgiques pré-conciliaires qui n’y étaient pas (encore) représentés. C’est maintenant chose faite.

J’avais bien assisté, il y a quelques années, au spectacle d’une Messe à trois chevaux, qui dura plus de deux heures et me sembla fort ennuyeuse. C’était avant mon retour de foi, et restait pour moi non signifiant, sinon dérisoire. Aujourd’hui, c’est différent.

La tradition est de retour : la main tendue par notre Pape Benoît XVI aux nostalgiques des messes anciennes, définie dans son Motu Proprio, les rend aujourd’hui plus apparents et semble-t-il plus audacieux.

C’est ainsi que j’ai assisté ce dimanche à quelque chose de fellinien, à l’église de mon village : après la messe ordinaire, célébrée comme chaque semaine par le prêtre local, une délégation de soutanes a investi les lieux pour y transporter tout un “matériel de campagne”. La messe (préparée de longue date) qu’ils devaient célébrer l’après-midi nécessitant pour eux une panoplie d’accessoires. Notre église paroissiale n’est pourtant dépourvue ni de candélabres ni même encore de linge ou de goupillons. Nos accessoires n’ont sans doute pas été jugés assez beaux.

A seize heures, les cloches retentirent. A toute volée. Deux bonne heures plus tard, elles annonçaient la fin d’une messe dont la sortie fut remarquée : la grand’messe de mon enfance avec sa foule chapeautée de femmes élégantes, de familles endimanchées, d’enfants de choeur en dentelles, de soutanes colorées (bleu ciel) ou noires, en grand nombre. Pose photos sur le parvis. Une messe venue d’ailleurs.

De l’autre côté de la place, les badauds dont moi-même regardaient ce spectacle, dont on pouvait se dire en passant : tiens, on tourne un film !

Motu proprio, c’est d’abord une tentative de rassemblement des chrétiens catholiques. Il semble pourtant, à l’aune de ce que j’en ai vu, qu’un tel écart sépare ceux d’avant et d’après le concile que l’ont risque de voir rapidement, en maints endroits, se former des clivages qui ne feront de tort, au fond, qu’à l’Eglise elle-même. D’aucuns, qui l’avait retrouvée, finiront par lui tourner le dos.

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Thérèse (d’Avila), Julia (Kristeva) et Sylvia (psychanalyste) : Analyse humaniste de l’extase mystique

Publié par Anne A. Mitteau sur 16 juillet 2008

Je quittais la Vie de Sainte Thérèse d’Avila de Marcelle Auclair au moment même où les éditions Fayard livraient, en avril dernier, le volumineux essai-roman de Julia Kristeva Thérèse, mon amour. J’avais peu avant encore contemplé, à Rome, son extase par Le Bernin. Comment résister à cette nouvelle approche ? Las, je crains que l’été entier ne me soit suffisant pour parvenir, dans une compréhension totale, au terme des 700 et quelques pages de ce savant ouvrage que tout dans le propos d’ Antoine Perraud invite à lire. (La Croix, 9 avril 2008). Qu’allais-je, d’ailleurs, imaginer ?

J’avais trouvé admirable, dans ma première lecture, l’attitude des hautes instances religieuses qui avaient à débattre, face aux manifestations somatiques présentées par la religieuse, de son éventuelle possession.

“C’était devenu pour eux une sorte de manie que de lui imposer d’expliquer son âme aux experts de leur choix (…) sans compter tous ceux pour lesquels elle avait été priée d’écrire une confession générale. Tous l’approuvèrent. Le P. Ibanez écrit même : je ne puis faire autrement que de la tenir pour sainte.“1

Expliquer son âme. La tournure n’est pas anodine, quand on sait par quels tourments physiques les mystiques doivent passer. Par quelles délices aussi, apparemment. Même si les vertiges de la chair sont ici transcendés. Même si, à en croire l’analyse, ils ont bien été ressentis.

La Foi fascine ou interroge ceux qui ne l’ont pas. Mais le mysticisme interroge aussi bien ceux qui la possèdent. Car on peut Croire sans être mystique. Sans stigmates. Sans extase. En toute liberté (intérieure). Ingrid Betancourt, icône de tant de laïcs, vient, très largement, d’en témoigner.

L’imposant travail mené depuis longtemps par de Julia Kristeva ( voir ici.) l’a semble-t-il menée à l’approfondissement, abouti, qu’elle nous propose ici.

“Le temps est venu”, confiait-elle à La Croix, “de reconnaître, sans craindre de “faire peur” aux fidèles ni aux agnostiques, que l’histoire du christianisme prépare l’humanisme. Bien sûr, l’humanisme est en rupture avec le christianisme, mais à partir de lui… » C’est sur le terrain de cet humanisme que Julia Kristeva se sent proche du christianisme, notamment quand il s’engage aux côtés de l’homme souffrant : « Le christianisme est la seule religion qui “tutoie” la souffrance, qui l’apprivoise. »*

« La psychanalyse n’explique ni ne juge rien, elle se contente de transformer. » dit encore Mme Kristeva. C’est par là qu’elle révèle son affinité avec le christianisme. Une approche infiniment respectueuse de la complexité de l’humain.*

En fait, il y a un certain temps déjà que prêtres et théologiens s’intéressent de très près à l’approche psychanalytique de la foi et à ses manifestations. Certains ouvrages ont été de ce point de vue retentissants, comme le Kleriker Psychogram eines Ideals, un peu arbitrairement traduit chez nous par Fonctionnaires de Dieu de Eugen Drewermann (1989). Tout récemment encore, les travaux du père Antoine Vergote ont fait l’objet, en 2006, d’une thèse imposante : “l’anthropologie théologique à la lumière de la psychanalyse” de Jean-Baptiste Lecuit

Les chemins de la connaissance sont multiples et variés et toute tentative d’explication trouve sa nécessité dans le besoin de comprendre, mais sans doute aussi de convaincre.

Sans doute faudra-t-il longtemps encore expliquer ce qu’est, après le besoin, la joie de croire et la force d’espérer, car la grâce, n’en est donnée, elle, qu’à certains.

1. Marcelle auclair : Vie de Ste Thérèse d’Avila, Paris, ed. du Seuil ; Livre de Vie, 1960 ; p. 120

* cité dans La Croix

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Catholiques : medias, un nouveau regard ?

Publié par Anne A. Mitteau sur 18 avril 2008

C’est presque une honte aujourd’hui de s’avouer catholique. Cela semble plus difficile que de faire son coming out, ou de dire qu’on a pris des antidépresseurs, ou bien encore que l’on ne fait pas autant l’amour que la moyenne des Français. En tous cas, dans le milieu dans lequel je vis, un catholique est ridicule, grotesque, risible, naïf, coincé. Il porte des slips kangourous et des chemises à manches courtes, sa femme a du poil aux pattes et le front luisant, il vote en secret pour l’extrême droite, il a les idées courtes et les ongles sales, il mijote dans de bons sentiments qui agacent, n’est jamais allé en boîte de nuit et trimballe une tripotée de mioches au nez coulant dans un Renault Espace délabré (…..) C’est pourquoi se revendiquer catholique, avec tout ce que cela véhicule de statique et de dépassé, paraît suicidaire

Et l’écrire, comme le fait non sans humour Thierry Bizot, producteur télé et scenariste dans son dernier livre Catholique anonyme (p.116) c’est courageux. Mais tellement salutaire !

J’évoquais ici il y a quelques temps Jean-Claude Guillebaud, redevenu chrétien, Julia Kristeva, interpellée par le foi de Thérèse d’Avila ou Régis Rebray que déchirent à la fois le doute et la nécessité de comprendre un ressenti qui n’est pas le sien. Je n’avais pas évoqué “mon” très cher Jean d’Ormesson, presque naturellement cher à tant de Français et pas seulement. Je n’avais pas cité Régine Desforges dont la dernière publication, Deborah , m’appararaît davantage comme un procédé qu’une réelle interrogation.

Autant de figures de la scène publique qui n’ont pourtant vraiment rien de ringard.

Le catholicisme est d’actualité : c’est une bonne nouvelle !

la Bonne Nouvelle n’a rien de ringard. Ni ceux qui, aujourd’hui, continuent ou recommencent à l’annoncer.

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