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réflexions et commentaires sur l’actualité littéraire, politique et religieuse

Archive pour 'Littérature' Categorie


Thérèse (d’Avila), Julia (Kristeva) et Sylvia (psychanalyste) : Analyse humaniste de l’extase mystique

Publié par Anne A. Mitteau sur 16 juillet 2008

Je quittais la Vie de Sainte Thérèse d’Avila de Marcelle Auclair au moment même où les éditions Fayard livraient, en avril dernier, le volumineux essai-roman de Julia Kristeva Thérèse, mon amour. J’avais peu avant encore contemplé, à Rome, son extase par Le Bernin. Comment résister à cette nouvelle approche ? Las, je crains que l’été entier ne me soit suffisant pour parvenir, dans une compréhension totale, au terme des 700 et quelques pages de ce savant ouvrage que tout dans le propos d’ Antoine Perraud invite à lire. (La Croix, 9 avril 2008). Qu’allais-je, d’ailleurs, imaginer ?

J’avais trouvé admirable, dans ma première lecture, l’attitude des hautes instances religieuses qui avaient à débattre, face aux manifestations somatiques présentées par la religieuse, de son éventuelle possession.

“C’était devenu pour eux une sorte de manie que de lui imposer d’expliquer son âme aux experts de leur choix (…) sans compter tous ceux pour lesquels elle avait été priée d’écrire une confession générale. Tous l’approuvèrent. Le P. Ibanez écrit même : je ne puis faire autrement que de la tenir pour sainte.“1

Expliquer son âme. La tournure n’est pas anodine, quand on sait par quels tourments physiques les mystiques doivent passer. Par quelles délices aussi, apparemment. Même si les vertiges de la chair sont ici transcendés. Même si, à en croire l’analyse, ils ont bien été ressentis.

La Foi fascine ou interroge ceux qui ne l’ont pas. Mais le mysticisme interroge aussi bien ceux qui la possèdent. Car on peut Croire sans être mystique. Sans stigmates. Sans extase. En toute liberté (intérieure). Ingrid Betancourt, icône de tant de laïcs, vient, très largement, d’en témoigner.

L’imposant travail mené depuis longtemps par de Julia Kristeva ( voir ici.) l’a semble-t-il menée à l’approfondissement, abouti, qu’elle nous propose ici.

“Le temps est venu”, confiait-elle à La Croix, “de reconnaître, sans craindre de “faire peur” aux fidèles ni aux agnostiques, que l’histoire du christianisme prépare l’humanisme. Bien sûr, l’humanisme est en rupture avec le christianisme, mais à partir de lui… » C’est sur le terrain de cet humanisme que Julia Kristeva se sent proche du christianisme, notamment quand il s’engage aux côtés de l’homme souffrant : « Le christianisme est la seule religion qui “tutoie” la souffrance, qui l’apprivoise. »*

« La psychanalyse n’explique ni ne juge rien, elle se contente de transformer. » dit encore Mme Kristeva. C’est par là qu’elle révèle son affinité avec le christianisme. Une approche infiniment respectueuse de la complexité de l’humain.*

En fait, il y a un certain temps déjà que prêtres et théologiens s’intéressent de très près à l’approche psychanalytique de la foi et à ses manifestations. Certains ouvrages ont été de ce point de vue retentissants, comme le Kleriker Psychogram eines Ideals, un peu arbitrairement traduit chez nous par Fonctionnaires de Dieu de Eugen Drewermann (1989). Tout récemment encore, les travaux du père Antoine Vergote ont fait l’objet, en 2006, d’une thèse imposante : “l’anthropologie théologique à la lumière de la psychanalyse” de Jean-Baptiste Lecuit

Les chemins de la connaissance sont multiples et variés et toute tentative d’explication trouve sa nécessité dans le besoin de comprendre, mais sans doute aussi de convaincre.

Sans doute faudra-t-il longtemps encore expliquer ce qu’est, après le besoin, la joie de croire et la force d’espérer, car la grâce, n’en est donnée, elle, qu’à certains.

1. Marcelle auclair : Vie de Ste Thérèse d’Avila, Paris, ed. du Seuil ; Livre de Vie, 1960 ; p. 120

* cité dans La Croix

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Journalisme : la tête haute et bien faite de Memona Hintermann

Publié par Anne A. Mitteau sur 3 juin 2008

Je n’aurais jamais pensé lire les confessions de Memona Hintermann si elles n’avaient figuré au programme de mon abonnement à la Bibliothèque Orange, qui a l’inestimable avantage de m’assurer un complément de lectures nécessaire pour combler mes propres acquisitions.

J’ai tout simplement dévoré son livre, la nuit dernière. Dévoré, parce que dès les premières pages, j’ai été saisie par son histoire, il est vrai peu banale. Et ce, malgré un a priori contre.

On devrait toujours se méfier des a priori. Mais FR3 m’a toujours semblé si marquée, au plan de l’information, que je ne suis toujours pas vraiment sûre que l’idéologie communiste, dont Mme Hintermann décrit au demeurant très bien le processus d’infiltration (voir plus bas), en soit définitivement exfiltrée.

Ceci étant, sortir d’une déroute familiale, de la misère et pis encore de l’exclusion sociale n’est pas le moindre défi. Memona l’a relevé dignement, avec courage, ténacité, et le verbe très haut encore.

Etre grand reporteur n’est pas un métier facile ; il est même dangereux. Rien à voir avec l’animation de plateaux, auxquels se consacrent tant de journalistes plus ou moins patentés. Mme Hintermann n’a d’ailleurs rien obtenu facilement, ce qui rend d’autant plus appréciable sa liberté de ton et l’engagement qu’elle a pris très tôt d’informer les autres de la vérité de choses souvent occultées. Surtout en France où l’on s’entend si bien à s’auto-flageller, à s’excuser, se repentir d’avoir été.

J’ignore ce qu’est devenu ce M. Hervé Guibert, homonyme sans doute de l’écrivain défunt, qui fut un temps Directeur de l’Information de FR3 et qu’elle ne porte pas dans son coeur. Et pour cause : “En 1981, quand la gauche unie arrive au pouvoir, derrière François Mitterand, le parti communiste infiltre plusieurs de ses journalistes, notamment de l”Humanité, à des postes de commande. (…) A la rédaction nationale de FR3, les communistes font tout ce qu’ils peuvent pour démoraliser ceux qui ne sont pas sur la même longueur d’onde qu’eux. Hervé Guibert, ex-syndicaliste reconverti dans le rôle de directeur de l’information, devient, sans vergogne, un véritable patron de combat, et menace les indisciplinés” (page 177)

C’est pourtant au sein de cette chaîne que Mme Hintermann a passé sa carrière. Ce qui prouve que les choses peuvent, quand même, changer. C’est là toute la force de notre République, qu’elle défend si bien. Elle sait ce qu’elle lui doit : une école et ses hussards, qui sont la chance des plus malchanceux. a condition qu’ils s’en donnent la peine. Et de la peine, elle en a eu et s’en est donné : elle sait de quoi elle parle, quand elle parle d’immigration, de misère, d’exclusion, d’intégration …. et de religion. Chez elle, on est musulman ET catholique. Indien ET Breton (de la Réunion). Et d’abord Français.

J’ignore ce qu’en pense M. J.C. Guillebaud (prix Albert Londres) que j’admire particulièrement : j’espère seulement qu’il apprécie une consoeur aussi impliquée que lui dans sa foi et son espérance, sa recherche de la vérité et sa quête de justice. Cela n’est sans doute pas le cas de bien d’autres, qui n’honorent guère la profession.

Mémona Hintermann, déjà médaillée de la Légion d’Honneur en 2001, vient d’être décrétée, le 16 mai dernier, officier de l’ordre national du Mérite, une distinction qu’elle méritait bien.

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Millenium, suite : de la valeur inestimable du mariage

Publié par Anne A. Mitteau sur 1 juin 2008

J’ai déjà*, dans un précédent billet, abondamment critiqué ce nouveau “block buster” de la littérature suédoise devenu international et dont chacun ou presque connaît à présent la teneur ou l’histoire. Ce frémissant thriller est donc devenu, tant pour ses éditeurs que pour les ayant-droit de son défunt auteur, un inestimable trésor, sordide objet de convoitise et de rapacité.

On nous dit qu’à Stockholm, on se déchire autour d’un prétendu “testament” de l’auteur, trouvé par sa compagne depuis trente ans, elle-même désavouant ce qui lui restait de famille qu’il avait écarté depuis bien trop longtemps. Il n’avait, à vingt ans, pas grand chose à léguer. Il n’imaginait pas non plus qu’il mourrait à cinquante en auteur à succès, sans le savoir, et sans en profiter.

J’imagine assez bien ce que coûte à sa compagne la démarche de tout créateur : de temps, de présence, de sollicitude et d’abnégation. D’amour, en somme. Car tout se fait, tout se peut, par amour. Surtout quand l’amour se partage. Mais dans ce cas précis, je doute qu’il le fut.

A vingt ans, M. Larson pensait à laisser son peu de biens à un groupe communiste. Du moins manifestait-il là ses choix, et ses volontés.

A quarante, il vivait depuis plus de quinze ans avec une femme qu’il aimait peut-être, qui l’aimait sans doute, puisqu’elle était encore à ses côtés dix ans après. Il n’a jamais pensé alors qu’il pourrait disparaître un jour en la laissant dehors, puisqu’elle vivait chez lui.

Nos lois, ici ou là, ont inventé des subterfuges pour tous ceux qui ne voient dans le mariage qu’entraves et obstacles à toutes leurs libertés. Le “pacs”, testament et autres donations leur permettent a minima de protéger cet autre si fragile quand survient le départ, la mort ou l’abandon. Sans s’engager plus loin.

Ce sont paradoxalement ceux pour qui le mariage n’a pas vocation à (pro)créer qui en revendiquent le droit : sans doute ont-ils saisi quelle en est l’inestimable valeur : celle de la construction , évolutive et modulable d’un sentiment qui s’épanouit ou se flétrit au gré de la volonté et de la responsabilité de chacun. Une construction qui peut être durable, si l’on en fait le voeu. A deux.

M. Larson a eu l’honneur de ne pas demander la main de sa compagne. Les communistes suédois pourront se réjouir du cadeau qu’il leur a laissé …..si toutefois ils peuvent justifier qu’ils en sont bien destinataires. La famille, quelle qu’elle soit, a encore des droits.

* sur ce blog : Millénium : Stieg Larson ou la fascination du mal

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Emma Bovary revisitée par Philippe Doumenc

Publié par Anne A. Mitteau sur 6 mai 2008

Si comme moi vous aviez laissé passé l’an dernier cette charmante Contre-enquête sur la mort d’Emma Bovary,* n’hésitez pas un seul instant à vous y jeter. Que voilà de la belle langue, pour des suggestions au demeurant bien hardies !

Imaginer la réalité d’une Emma à Yonville, en un printemps normand anormalement neigeux et victime d’un assassinat qui n’avait, au fond même pas lieu d’être, voilà bien une belle trouvaille. Philippe Doumenc nous renvoie dans le décor et la vie remodelés des personnages de Flaubert à la suite d’un jeune inspecteur plein d’entrain et d’émois à la recherche d’une vérité… qui se confirme dans l’oeuvre de Gustave.

Mais on sent chez l’auteur un tel plaisir à cisailler le détail d’une oeuvre qu’il connaît à l’évidence par coeur, réinventant ici ou là quelques traits, chargeant quelque peu, mais avec la grâce du langage, des caractères déjà passablement médiocres, cupides, lubriques ou obséquieux, que c’est aussi pour le lecteur un réel plaisir de suivre ce Rémi, émule de Rouletabille. Au gré de toutes ses hypothèses et interrogations, entre le roman vrai et un possible et dérisoire imaginaire, il nous fait passer un délicieux moment.

Une occasion, aussi, de revenir à l’oeuvre initiale, celle de toute une vie, où de découvrir, autre bijou ce Quelque chose à déclarer **de Julien Barnes, autre fin connaisseur de Gustave Flaubert et amoureux indéfectible de la France, et surtout de l’esprit français, dont Philippe Doumenc témoigne ici une fois encore.

*Actes sud, 2007

** Folio

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Sondages: la France comme elle est, moitié pour, moitié contre

Publié par Anne A. Mitteau sur 26 avril 2008

Le Président Sarközy (de Nagy-Bocsa) a parlé. Les sondeurs on enquêté. C’est une des constantes de notre mode de vie. Le portrait que nous renvoie le dernier sondage (Opinion-way pour le Figaro) est plutôt rassurant : au fond, les Français parlent tous de la même chose, quelles que soient leurs opinions. Ou plutôt, les choix qu’on leur propose en les sondant ne reflètent jamais rien d’autre que les préoccupation des sondeurs, objet de leur contrat. C’est dire qu’on leur laisse assez peu de liberté, aux sondés !

Enfin, une bonne nouvelle : les Français, j’en suis, semblent avoir majoritairement compris la nécessité de la Réforme. C’est plutôt bon signe…. pour l’avenir de leurs enfants. Car il faudra bien sûr attendre. Il faut toujours savoir attendre. D’abord semer. Regarder pousser et, enfin, récolter. Ah, cette impatience ( des medias) à vouloir toujours cueillir ce qui n’a pas encore fleuri !

Il en est un peu de Sarko comme de Badinguet, haï par Victor Hugo puis de nos républiques. Mais nous n’avons plus de Victor Hugo. Et si nos écrivains s’exilent, ce n’est plus que par goût d’ailleurs.

Tout cela est “un peu court”, et heureusement on en revient : Napoléon III a donné à la France, avec autorité, une de ses plus prospère périodes, et créé ce qui fut alors sa modernité et qui fait aujourd’hui une grande partie du charme qu’elle conserve (Garnier, Eiffel, Haussmann, Vichy, Compiègne, etc…). Il produisit avant la naissance d’Emile Durkheim, une Extinction du paupérisme qui préfigure les oeuvres à venir en matière de sociologie, tout en écrivant un certain nombre d’ouvrages sérieux.

Il voyait loin, Napoléon III, le tant décrié, et bien au-delà de Sedan. Victor Hugo quitta son exil anglais de Guernesey après 19 ans. Napoleon III faillit bien le croiser, et il y demeure encore : après 135 ans à Farnborough, il faudrait peut être songer à l’en ramener.

Nul ne sait encore ce que sera la France dans quatre ans, mais son Président sait, lui, ce qu’il fera. Les Français auront quatre ans de plus, un paquet de retraités sur les bras, de nouveaux soucis, de nouveaux besoins, de nouvelles attentes. De nouveaux espoirs. Probablement toujours les mêmes. Il leur faut toujours un moment, pour mesurer le temps perdu.

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La belle actualité de Mazarin :Esprits frondeurs, étude, roman, série télé

Publié par Anne A. Mitteau sur 22 avril 2008

Sans doute est-ce cet air de Fronde, qui règne sur la France depuis …. toujours, qui aura inspiré ces derniers temps pareille diversité dans l’offre : le Cardinal est décidément à la mode !

Madame Simone Bertière , historienne, nous livrait l’an passé une remarquable étude, un long travail de recherche et d’approfondissement sur la personne et l’oeuvre de Guilio Mazarin, y précisant d’emblée sa volonté urgente de “corriger auprès du grand public la déplorable réputation injustement accolée à sa mémoire” . La démarche de Simone Bertière à ceci de remarquable qu’étant devenue spécialiste du pire ennemi de Mazarin, le Cardinal de Retz, elle confesse à ce propos :”Il m’en était resté une sorte de remords envers ce dernier (Mazarin), et le sentiment que je lui devais réparation“.

J’ignore encore sous quels auspices se présente la toute récente publication du Pour l’amour de l’enfant Roi : Jules Mazarin - Anne d’Autriche, d’ Alain-Gilles Minella paru le 13 mars aux éditions Perrin.

Présenté avantageusement par l’éditeur (et les revendeurs) comme : “La biographie d’un couple uni dans le pouvoir et dans l’adversité, par un véritable amour et par l’ambition de faire de Louis XIV le plus grand roi du monde.” cet ouvrage a toute les chances de rencontrer un large succès, puisque déjà renommé, sur un site commercial : La Reine et le Cardinal

C’est avec ce titre, donc, que le succès pourrait être au rendez-vous en 2009 sur notre écran avec la diffusion qu’on nous annonce (tournage en cours), d’un téléfilm porté par l’acteur Philippe Torreton qu’il n’est plus nul besoin de présenter. Il est précisé sur les fiches disponibles que le scénario n’est pas l’oeuvre de M. Minella, historien, mais bien celle de Jacques Santamaria, scénariste.

J’ignore, vu de ma petite lorgnette, ce qu’il adviendra de la vision nouvelle que les Français pourront avoir sur ce Cardinal italien qui mena si bien, au final, notre pays, et dont quelques rares auteurs, aujourd’hui, tentent de réhabiliter la vie et l’oeuvre. Espérons que leur tâche n’aura pas été vaine.

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Catholiques : medias, un nouveau regard ?

Publié par Anne A. Mitteau sur 18 avril 2008

C’est presque une honte aujourd’hui de s’avouer catholique. Cela semble plus difficile que de faire son coming out, ou de dire qu’on a pris des antidépresseurs, ou bien encore que l’on ne fait pas autant l’amour que la moyenne des Français. En tous cas, dans le milieu dans lequel je vis, un catholique est ridicule, grotesque, risible, naïf, coincé. Il porte des slips kangourous et des chemises à manches courtes, sa femme a du poil aux pattes et le front luisant, il vote en secret pour l’extrême droite, il a les idées courtes et les ongles sales, il mijote dans de bons sentiments qui agacent, n’est jamais allé en boîte de nuit et trimballe une tripotée de mioches au nez coulant dans un Renault Espace délabré (…..) C’est pourquoi se revendiquer catholique, avec tout ce que cela véhicule de statique et de dépassé, paraît suicidaire

Et l’écrire, comme le fait non sans humour Thierry Bizot, producteur télé et scenariste dans son dernier livre Catholique anonyme (p.116) c’est courageux. Mais tellement salutaire !

J’évoquais ici il y a quelques temps Jean-Claude Guillebaud, redevenu chrétien, Julia Kristeva, interpellée par le foi de Thérèse d’Avila ou Régis Rebray que déchirent à la fois le doute et la nécessité de comprendre un ressenti qui n’est pas le sien. Je n’avais pas évoqué “mon” très cher Jean d’Ormesson, presque naturellement cher à tant de Français et pas seulement. Je n’avais pas cité Régine Desforges dont la dernière publication, Deborah , m’appararaît davantage comme un procédé qu’une réelle interrogation.

Autant de figures de la scène publique qui n’ont pourtant vraiment rien de ringard.

Le catholicisme est d’actualité : c’est une bonne nouvelle !

la Bonne Nouvelle n’a rien de ringard. Ni ceux qui, aujourd’hui, continuent ou recommencent à l’annoncer.

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Google Book Search : le fabuleux destin des livres

Publié par Anne A. Mitteau sur 11 avril 2008

Le monde est devenu en 10 ans une gigantesque base de données où se cotoient le pire (dont on parle le plus) et aussi le meilleur, souvent plus discret. L’entreprise Google, dont, je le précise, je ne touche aucun dividende, a entrepris un projet fabuleux que j’ai découvert récemment et qui vaut qu’on en parle.

La numérisation est, certes, en train de se banaliser, puisque la plupart des organisations, publiques ou privées, y ont désormais recours pour enregistrer, diffuser ou conserver des documents. Mais ce sont LEURS documents.

L’originalité du projet de Google Book réside dans le fait que ses équipes interviennent dans différents lieux pour globaliser l’offre disponible d’ouvrages le plus souvent introuvables ou d’accès difficile.

C’est ainsi que, à partir de mot-clés bien ciblés, on peut en quelques instants, sans quitter sa table de travail et sa maison, accéder à de très vieux ouvrages disséminés dans de nombreuses bibliothèques ou à tout le moins à leur référence précise, car tous ne sont pas totalement lisibles.

Mais quel prodige !

Je me souviens de cette vieille bibliothèque universitaire où, il y a un peu plus de dix ans seulement, on ne pouvait encore accéder à aucun ouvrage sans passer par un fichier rustique, manuel, la queue au guichet avec ses références (pas plus de 3 à la fois) et l’attente qui semblait interminable pour un ouvrage qui venait directement du “magasin” et qui n’était souvent pas le plus pertinent. Des heures perdues, et l’insatisfaction permanente de ne pouvoir consulter sur place que des dictionnaires, annuaires ou autres compilations sans intérêt immédiat. Il faut dire que cette bibliothèque, quasiment unique en France, avait le statut bien particulier d’être à la fois “Municipale” ET “Universitaire”. Le lecteur y était accueilli comme suspect (de salir, d’être ignare, bruyant mais surtout dérangeant). Je crois que tout cela a changé, je l’espère pour cette ville et pour ses habitants. Il y a en France de merveilleuses bibliothèques où l’on se sent attendu, accueilli, où les livres abondent, et plus seulement les livres, où l’on peut les consulter directement sur les rayons et où les systèmes de recherche, de localisation et de réservation sont performants.

Ceci étant, le prodige de Google Book est de permettre à l’amateur de trouver sans autre effort que celui d’une recherche bien définie, l’ouvrage le plus approprié, dans le délai le plus court. Mais bien plus encore, de découvrir des trésors souvent insoupçonnés.

Je fus ainsi assez époustoufflée de découvrir sur mon écran, en quelques secondes, les pages de vieux Bulletins archéologiques de ma région, bien trop anciens pour être exposés ; que j’aurais pu , certes, consulter sur place, dans le silence et le recueillement des salles spécialisées de nos Archives, mais en y passant une demi-journée. Ces pages-là ne venaient pas de chez moi, mais du bout du monde, d’une université lointaine dans laquelle on pouvait trouver, comme à Uppsala, les publications du monde entier.

Voilà donc un projet qui, parmi d’autres, est réjouissant. Rendre accessible à chacun le fonds commun des connaissances. Les bonnes, il est vrai, comme les mauvaises. Mais c’est un autre sujet.

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Zhu Xiao Mei : retour vers la Vézère

Publié par Anne A. Mitteau sur 4 avril 2008

J’ai eu la chance de rencontrer Mme Zhu Xiao-mei au Festival de la Vézère, en 2004 je crois. Ou était-ce plus récent ? Le programme avait été modifié au dernier moment, ce qui m’avait permis, avec quelques amis, de trouver facilement des places dans un Festival où elles sont souvent rares, en dernière minute.

Nous avions été subjugués, dans cette assistance, par la sobriété de cette femme discrète qui, installée devant le clavier du Steinway “de service” s’était lancée sans s’interrompre dans l’interprétation intégrale des Variations Goldberg.

Nous étions les uns et les autres plus ou moins accoutumés à l’interprétation parfaite de Glenn Gould, qui revendiquait d’ailleurs cette perfection issue, à l’enregistrement, du montage des meilleures versions. Pour ma part, je n’ai jamais entendu Glenn Gould en concert.

Quelle transcendance, dans l’interprétation de Mme Zhu ! Non qu’elle fut parfaite : est-il possible au meilleur virtuose d’être parfait cinquante minutes durant ? Mais elle était stupéfiante d’authenticité.

Avant de procéder à l’interprétation, Mme ZHU nous avait très simplement signalé que ces variations étaient pour elle, au-delà de l’oeuvre, la représentation de sa vie elle-même. Et quelle vie ! Elle l’a racontée dernièrement dans son autobiographie, ouvrage remarquable au milieu de tant d’autres qui ont dénoncé et dénoncent encore les dégâts causés par le sieur Mao, à l’instar de tant d’autres dictateurs, en Chine et ailleurs.

La rivière et son secret est, au-delà du simple récit de toutes les exactions subies par les victimes de toutes les révolutions, une merveilleuse leçon de musique et d’humanité.

La musique qui lui a été apprise, puis retirée, telle qu’elle l’a vécue, puis retrouvée. L’humanité perdue par toute une génération manipulée, la sienne, puis retrouvée au détour d’une conscience qui pour chacun, finit par se réveiller. Valeurs d’universalité.

Une ode à cette universalité que Mme Zhu a tenté de retrouver ensuite dans nos cathédrales catholiques, pour son plus grand désarroi. Car elle y a constaté à quel point le Communisme dont elle a été victime, avec tant d’autres millions de personnes, s’était inspiré du message évangélique d’amour, de paix et de partage, pour en détourner la substance au profit d’une normalisation des individus parfaitement contraire à l’esprit de Liberté qui est celui du message chrétien.

Mme Zhu Xiao-Mei a eu la chance de trouver sur son chemin quelques amis véritables qui l’ont accueillie, écoutée, guidée vers la nouvelle vie qu’elle mène depuis vingt ans déjà. Elle les évoque très discrètement dans son ouvrage.

Les organisateurs du Festival de la Vézère en Limousin en font partie, et je me réjouis de pouvoir, l’été prochain, retrouver là-bas le plaisir d’écouter à nouveau Zhu Xiao-Mei dans son interprétation des Variations.

Il y a urgence à ne pas la manquer.

Zhu Xiao-Mei : Festival de la Vézère, Eglise de Saint Ybard, le 5 aout 2008 à 19 h

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Les douceurs de Monsieur Schmitt

Publié par Anne A. Mitteau sur 22 mars 2008

M. Eric-Emmanuel Schmitt n’a sans doute pas besoin de publicité, même si, très incidemment, je cours ainsi lui en faire. Mais voilà, il m’a fait passer un moment délicieux, ce qui vaut bien qu’on le signale quand tout s’agite autour de nous. Il nous mène si loin des turpitudes humaines, même dans le crime quand celui-ci ne mène, au fond, qu’à un juste retour des choses. Il y a tant de subtilité dans sa perception des êtres, qu’il sait présenter si divers, et si souvent empreints de bonté. Il nous fait aborder aux rives d’un monde éthéré, où les troubles s’enveloppent presque naturellement d’une ouate légère où s’émoussent les chocs les plus ressentis. La vieillesse, la mort, le regret ou le soupçon qu’il nous raconte, et comme il le raconte bien, lui qui n’a pas cinquante ans !, y deviennent si doux et les pleurs si légers, qu’il semble nous porter sans crainte vers ces ténèbres lumineux qui nous attendent, au bout de notre propre chemin.

J’aurai probablement très vite oublié son livre, comme la petite centaine que “j’avale” chaque année. De quoi se souvient-on vraiment en littérature ? La poésie ne se conserve que dans son intégrité, mais la littérature ? Quelques phrases, parcequ’elles ont été fort signalées : Toute ma vie je me suis levé de bonne heure et une atmosphère, le vécu de certains personnages, une nourriture, une liberté, une science parfois qu’on a trouvées là et qui restent à jamais gravés dans nos mémoires, au degré personnel de notre histoire. Mais sa rêveuse d’Ostende, cette femme-là, non, je ne l’oublierai pas.

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