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Quand le bâtiment va, tout va, même pour les femmes ; mais où vont les hommes ?

Publié par Anne A. Mitteau sur 18 juin 2008

C’était chez nous un des derniers bastions des professions dites masculines. Il est, lui aussi, en train de céder. Le BTP recrute (voir le lien), et les femmes y sont bienvenues. Elles sont déjà devenues championnes de bricolage, alors pourquoi pas devenir plombière, gruteuse ou canalisatrice quand TOUS les métiers leurs sont déjà ouverts ailleurs ?

C’est simple : nous (les femmes) nous sommes partout. Moi, j’ai de la chance : j’ai encore UN dentiste, UN jardinier et UN garagiste, preuve que les hommes existent encore. Et UN mari. Un peu dépassé parfois, comme la plupart des hommes de sa génération, par la prépondérance des femmes dans la vie professionnelle, économique et sociale. Et par celle des hommes d’aujourd’hui dans la vie domestique et familiale. Et par tant d’autres choses encore, qui nous déroutent.

Cela ne date pas tout à fait d’hier : en Suède, il y a trente ans, on voyait arriver les “hommes au foyer”, suivis quelques temps après chez nous par les “nouveaux pères“. Il est vrai que depuis la fécondation in vitro, on se demande parfois à quoi ils servent encore, les hommes, sinon à flatter l’égo de leurs compagnes. Ce que montrait déjà assez bien Bertrand Blier (assez vulgairement tout de même) dans Calmos en 1976. Dur, dur d’être un homme aujourd’hui.

On ne peut pourtant rien reprocher à notre Education Nationale : les manuels à destination des enfants du primaire reproduisaient scrupuleusement, il n’y a pas longtemps encore, le schéma standard des familles d’antan où la mère s’occupe attentivement de ses enfants pendant que “papa travaille”, au grand dam des mouvements féministes, revendiquant haut et fort le rôle inférieurimage de père de famille partant travailler toujours attribué aux femmes.

Les femmes travaillent d’abord par nécessité, et si le mariage n’est plus, et depuis fort longtemps, une situation, il n’a jamais été non plus une sinécure.

Elles ont donc tout lieu de se réjouir de leur liberté de s’asservir autrement que dans les tâches ménagères, devenues elles aussi une profession à part entière, normalement rémunérée (mais pas pour les maîtresses de maison, toujours corvéables à merci).

Quant aux hommes, ils n’ont plus guère de raison de s’en soucier (des femmes) : elles sont aujourd’hui totalement libres d’exercer le métier de leur choix, de procréer à leur convenance et, si toutefois elles se marient, de garder leur nom et de le transmettre à leurs enfants. Bémol : le législateur a tout de même laissé aux enfants la liberté de choisir le nom qu’ils porteront (ce qui laissera, on croit rêver, 14 possibilités à leurs descendants !)

Tout cela est bien compliqué au fond. Avant, c’est-à-dire il y a plus de 20 ans, tout était encore presque simple : une femme mariée était Mme Dupont née Durant. Les enfants issus du mariage portaient le nom de leur père, et ainsi de suite. Aujourd’hui, le nom du mari, mais également celui du père n’a tout simplement plus aucune importance.

Heureusement, nous avons Mme Badinter. Elisabeth Badinter, née Bleustein-Blanchet que j’ai d’abord découverte, me semble-t-il, à travers le livre de son père La Rage de convaincre (1970) puis dans son premier essai : L’amour en plus : histoire de l’amour maternel (XIIème siècle-XXème siècle) (1981) qui fut pour moi une révélation. Cinq en plus tard, elle nous livrait avec L’un EST l’autre (1986) un essai remarquable sur l’évolution des relations hommes/femmes, qui préfigurait parfaitement notre situation d’aujourd’hui et la mise en cause de nos identités.

Mais par-delà ses idées et la qualité de son discours, ce que j’ai toujours particulièrement apprécié chez elle est son adhésion au patronyme de son époux. Cela n’est pas anodin.

Pas facile d’être un homme, par les temps qui courent…..

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Pauvreté ordinaire : état d’urgence et état de marché

Publié par Anne A. Mitteau sur 8 mai 2008

Le monde est ainsi fait que de toute éternité (terrestre), l’humanité a toujours été confrontée aux différences qui la forgent et aux constantes inhérentes à toute vie humaine.

La pauvreté ordinaire, (que je différencie ici de celle que provoquent immanquablement les grands cataclysmes naturels ou politiques), est non seulement une de ces différences, mais plus malheureusement encore une de ces constantes. Tout comme le genre, l’âge, l’état de santé ou la capacité des êtres humains.

La pauvreté est néanmoins un état d’urgence qu’il est impérieux à chacun d’essayer de résoudre, au nom d’une foi, d’un idéal ou de la morale la plus élémentaire, et nombreux sont les individus, organismes et associations qui ici ou là s’y impliquent. Mais elle est aussi un sujet qui interpelle pratiquement en permanence, soit parce qu’on y est confronté soi-même, soit par l’information qu’elle suscite et qu’on en reçoit. Et c’est un sujet qui paradoxalement fait vivre bien du monde. Car avec, sans aucun doute, les meilleures intentions du monde, elle est devenue un véritable marché.

Les raisons de la pauvreté sont multiples et aujourd’hui fort bien identifiées. On sait qu’elles n’ont pas les mêmes origines selon les latitudes, les états et les cultures. Elles n’ont même, parfois (mais de plus en plus rarement), pas le même résultat. Il est difficile en effet de voir le monde à travers d’autres yeux que les nôtres et de le percevoir par une autre conscience. Enfin, on ne le voit incontestablement pas de la même manière à 20, 40 ou 60 ans.

La population mondiale aurait déjà atteint cette année plus de 6,7 milliards d’habitants et, selon l’ONU, la moitié est déjà urbaine. C’est donc bien dans les villes que la misère est le plus criante, la plus voyante aussi. Même si elle est loin d’être négligeable dans nos campagnes, mais j’y reviendrai.Rome, février 2008

Il est bien difficile en effet de marcher dans les rues de nos villes sans avoir à faire face à ces malheureux souvent sans autre apparence que celle du tas qu’ils forment sur un coin de trottoir, enroulés dans de veilles couvertures et encombrés de sacs pleins de ce qui constitue la totalité de leurs biens.

Certains ont définitivement coupé tous les ponts qui pouvaient encore les relier au monde imparfait qui est le nôtre et refusent catégoriquement l’aide, quelle qu’elle soit, qu’on veut leur apporter. La relecture effectuée par le sociologue Laurent Mucchielli sur l’ouvrage déjà ancien (mais toujours actuel) d’Alexandre Vexliard est de ce point de vue extrêmement pertinente. Mais les clochards ne sont pas néanmoins les plus nombreux parmi ceux que touchent la plus extrême pauvreté.

Car on n’est plus pauvre, chez nous aujourd’hui, comme on le fut jadis, c’est-à-dire il y a moins de vingt ans. Pas de téléphones portables, alors et autres liens satellitaires, outils multi-media de communication,* “magiques” certes, mais dont l’usage est devenu si prégnant qu’il grève outrageusement les petits budgets. Le marketing fait son oeuvre et ses ravages chez les plus démunis de formation et de culture.

Ceci étant, le bon sens qui nous était avant si bien partagé a semble-t-il déserté nos rues et surtout nos écoles où se forme très tôt le goût des “nouveautés” qu’il convient à tout prix de posséder. Des enfants déclarés rois et encensés par le Marché sont devenus les décideurs du mode de vie de parents qui n’en peuvent mais.

Il est facile de devenir pauvre si l’on s’entend à vouloir, toujours, dépenser plus sans penser d’abord à dépenser mieux. Et tout aujourd’hui y invite : sollicitations permanentes à engager de nouveaux frais, offres de crédits, de “promotions”, d’économies à réaliser, etc…

Il est vrai que certains très petits budgets n’offrent guère d’autre alternative que de subvenir bien chichement aux premiers besoins. Loger, nourrir, entretenir une famille revient dans bien des cas à résoudre la quadrature du cercle, et certaines personnes ou familles sont de ce point de vue admirables.

On constate bien souvent qu’elles sont animées ou guidées par une éducation, une foi, croyance ou espérance, un souci de l’autre, une charité qui les élèvent hors de la contingence à laquelle le quotidien sans arrêt les confrontent. Toutes les enquêtes montrent que les plus modestes sont toujours les plus généreux.

D’autres, plus ou moins exclus d’un système qui leur échappe, subissent comme un véritable esclavage la pression des sirènes mercantiles qui les invitent en permanence à consommer.

Mais il arrive aussi qu’en accueillant des demandeurs d’aide alimentaire à la fois jeunes et illettrés qui cumulent plus de 1000 euros d’aides diverses, présentent une facture de téléphone portable de 500 euros ou davantage et s’avèrent incapables de gérer le moindre budget, on se demande si c’est bien cela, la pauvreté.

* comme on peut le voir sur cette étude de l’Insee, c’est dans ce domaine que les plus populations les plus modestes ont le niveau de consommation le plus élevé.

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Quels employeurs pour les “seniors” ? Quelle retraite pour les vieux demain ?

Publié par Anne A. Mitteau sur 5 mai 2008

On a considéré, dans les années 80, que les “jeunes loups” étaient une denrée précieuse pour les entreprises. Ce fut la grande époque des golden boys qui, tout frais nantis de brillants diplômes et souvent d’une maigre expérience, se sont vu confier des missions importantes, risquées non seulement pour eux, mais aussi pour ceux qu’ils dirigeaient. Ce fut la grande mode aussi du “toilettage” des entreprises où l’on éliminait d’abord les plus vieux. On ne peut pas dire de ce point de vue que les années Mitterrand aient été fort charitables pour les plus de 55 ans. On a alors largement puisé, et pendant vingt ans, dans le FNE et mis au rencart toute une population active souvent compétente, toujours expérimentée, qui représentait un savoir-faire qui dans bien des cas ne s’est plus transmis.

La France a trop longtemps cultivé ce paradoxe qui a permis de voir, dans le même temps, des cadres dynamiques et autres créateurs divers effectuer des semaines de 60 heures ou même davantage, harassés par des responsabilités, des objectifs et des emplois du temps parfois insupportables, et une population active mise en situation de précarité, choisie ou non, assistée ou pas et dans tous les cas plus ou moins exclue des fruits de la croissance, fût-elle modeste.

Les premiers sont usés avant 60 ans, quand ils n’ont pas succombé, dès 50, à un cancer, une crise cardiaque ou un accident dû à la fatigue. Ils ne sont pas nécessairement enthousiastes à l’idée de prolonger le contrat. Les seconds n’ont pas toujours eu l’occasion d’améliorer leurs positions ni leurs scores, ils ont de surcroît pris de l’âge presque malgré eux et en France, les recruteurs n’aiment pas les vieux.

Cet acharnement à ne considérer l’âge productif qu’entre 25 et 45 ans est exclusivement français. Le calcul des retraites devient d’autant plus simple : un grand nombre de salariés sont donc condamnés à ne cotiser que vingt ans, 25 à trente tout au plus.

La solidarité dans le travail n’est plus depuis longtemps ce qu’elle était. Il faudra bien se résoudre, c’est déjà le cas aujourd’hui pour les moins de quarante ans, à épargner les rentes qui leur permettront, plus tard, de subsister.

A moins que l’on ne considère enfin, chez nous, que l’expérience vaut son pesant d’heures de travail et que les “jeunes retraités” d’aujourd’hui, qui se sont largement investis dans le bénévolat*, représentent à eux seuls une masse de cotisations perdues pour ceux qui les suivront bientôt. On peut d’ailleurs s’interroger sur les limites d’un bénévolat qui est peut-être, pour certains de ses prescripteurs, une autre forme de profit ?

voir étude, sous la direction de Jacques Malet “La France bénévole” http://www.associations-patrimoine.org/filemanager/files/lafrancebenevole2006.pdf

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