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réflexions et commentaires sur l’actualité littéraire, politique et religieuse

Archive pour 'Violence' Categorie


Otages (suite) : face à la terreur, le secret et l’action supplantent toute négociation

Publié par Anne A. Mitteau sur 3 juillet 2008

C’était en avril dernier : j’avais été “agacée” par le matraquage médiatique autour de Mme Bétancourt, dont je pensais alors qu’il était excessif et nuisible peut-être à sa libération ; il est vrai que l’on disait un peu n’importe quoi. Sa propre mère avait dû rectifier le tir quant à la mort, quasiment annoncée, de sa fille.

A la surprise générale, et au grand dam sans doute de certains medias qui n’ont pu relater les faits qu’après coup, l’armée colombienne a réalisé ce que M. de Villepin avait rêvé de faire il y a 5 ans déjà et dont (pour cause d’échec) “on” s’était, ici et là, abondamment gaussé : une intervention digne de Mister Bond, qualifiée par Ingrid Betancourt elle-même d’impeccable, c’est-à-dire, rappelons-le, sans faute.

Si le secret avait été éventé, la situation ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui, ni même d’ailleurs ce qu’elle fut en 2003. Sans doute aurions nous assisté (en direct ?) à un “baroud d’honneur” de terroristes plus ou moins piégés et aux représailles terribles qu’ils n’auraient pas manqué d’exercer sur les centaines d’otages encore prisonniers de leur jungle.

Certes, l’expression publique, la volonté affichée de résoudre cette tragique affaire et la relation permanente des efforts mis en oeuvre, tant en France que dans d’autres pays, auront à terme infléchi la décision finale du Président Uribe : mais nous n’avons pas à connaître (l’histoire le dira) ce qui s’est concocté dans les diverses chancelleries. C’est en tout cas dans le plus grand secret que l’intervention a été préparée puis menée, et qu’elle a (magnifiquement) réussi. Dommage qu’il ait fallu tant d’années pour en arriver là. Mais enfin, mieux vaut tard que jamais.

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Millenium, suite : de la valeur inestimable du mariage

Publié par Anne A. Mitteau sur 1 juin 2008

J’ai déjà*, dans un précédent billet, abondamment critiqué ce nouveau “block buster” de la littérature suédoise devenu international et dont chacun ou presque connaît à présent la teneur ou l’histoire. Ce frémissant thriller est donc devenu, tant pour ses éditeurs que pour les ayant-droit de son défunt auteur, un inestimable trésor, sordide objet de convoitise et de rapacité.

On nous dit qu’à Stockholm, on se déchire autour d’un prétendu “testament” de l’auteur, trouvé par sa compagne depuis trente ans, elle-même désavouant ce qui lui restait de famille qu’il avait écarté depuis bien trop longtemps. Il n’avait, à vingt ans, pas grand chose à léguer. Il n’imaginait pas non plus qu’il mourrait à cinquante en auteur à succès, sans le savoir, et sans en profiter.

J’imagine assez bien ce que coûte à sa compagne la démarche de tout créateur : de temps, de présence, de sollicitude et d’abnégation. D’amour, en somme. Car tout se fait, tout se peut, par amour. Surtout quand l’amour se partage. Mais dans ce cas précis, je doute qu’il le fut.

A vingt ans, M. Larson pensait à laisser son peu de biens à un groupe communiste. Du moins manifestait-il là ses choix, et ses volontés.

A quarante, il vivait depuis plus de quinze ans avec une femme qu’il aimait peut-être, qui l’aimait sans doute, puisqu’elle était encore à ses côtés dix ans après. Il n’a jamais pensé alors qu’il pourrait disparaître un jour en la laissant dehors, puisqu’elle vivait chez lui.

Nos lois, ici ou là, ont inventé des subterfuges pour tous ceux qui ne voient dans le mariage qu’entraves et obstacles à toutes leurs libertés. Le “pacs”, testament et autres donations leur permettent a minima de protéger cet autre si fragile quand survient le départ, la mort ou l’abandon. Sans s’engager plus loin.

Ce sont paradoxalement ceux pour qui le mariage n’a pas vocation à (pro)créer qui en revendiquent le droit : sans doute ont-ils saisi quelle en est l’inestimable valeur : celle de la construction , évolutive et modulable d’un sentiment qui s’épanouit ou se flétrit au gré de la volonté et de la responsabilité de chacun. Une construction qui peut être durable, si l’on en fait le voeu. A deux.

M. Larson a eu l’honneur de ne pas demander la main de sa compagne. Les communistes suédois pourront se réjouir du cadeau qu’il leur a laissé …..si toutefois ils peuvent justifier qu’ils en sont bien destinataires. La famille, quelle qu’elle soit, a encore des droits.

* sur ce blog : Millénium : Stieg Larson ou la fascination du mal

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Ces catastrophes que la Terre nous impose comme leçons d’humilité

Publié par Anne A. Mitteau sur 13 mai 2008

Heureux les temps plus anciens où les nouvelles du monde ne nous parvenaient qu’avec lenteur, souvent après analyse, presque toujours avec mesure. Mais la mesure, aujourd’hui, est celle d’un monde immédiat et universel où chaque évènement peut-être vécu simultanément par tous ceux qui accèdent à l’information, soit aujourd’hui déjà près d’un milliard d’internautes, et près du quart de la population mondiale dans les trois ans à venir. La moitié de la population française est aujourd’hui connectée.*

La première décade de notre mois de mai offre à elle seule un panel de désastres assez terrifiant : cyclone meurtrier en Birmanie, tornades ravageuses aux Etats-Unis, puis un séisme majeur en Chine, dont les ondes continueront un certain temps à se propager avec autant de ruines et de détresses induites.

La liste ne sera jamais exhaustive de tous les malheurs qui nous assaillent, nous-mêmes et tous nos semblables, contre lesquels nous sommes le plus souvent complètement impuissants et dont la connaissance immédiate et redondante risque davantage, à terme, de nous incliner au repli plus qu’à la compassion à laquelle l’Espérance nous invite et que la Charité nous impose.

Il est probable que de tous temps et en tous lieux, la Terre a produit tout autant de ces éclats que nous avons très longtemps ignorés. Aujourd’hui, il suffit de se connecter à un site spécialisé (voir lien ci-contre) pour suivre pas à pas ces évolutions, qui sont considérables et terrifiantes, et dont les plus catastrophiques sont un tropisme juteux pour les medias, toujours avides de fournir à leurs spectateurs ce sang et ces larmes qu’apparemment ils attendent et qui les fascinent, tant il est vrai que la violence (et sa représentation) sont consubstantielles à notre nature** pour assumer notre combat vital et assouvir nos vanités.

Bien loin hélas de l’humilité que devrait nous imposer la conscience de notre fragilité. Celle de toutes ces vies perdues ou brisées, celles des autres, mais tout aussi fatalement les nôtres dont aucune n’échappe, quelque jour, à un malheur.

* étude Nielsen-MediaRatings pour JournalduNet (2007)

**voir Werner Balzer, La sensorialité et la violence in Revue française de psychanalyse, 70,2006,1

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Stieg Larson : "Millenium" ou la fascination du Mal

Publié par Anne A. Mitteau sur 18 mars 2008

Les critiques se sont abondamment chargés de commenter ce “pavé” auquel j’ai moi-même fini par “succomber”, comme je succombe depuis cinquante ans à ce “vice impuni, la lecture”…..Mais j’en ai gardé un goût amer et, en quelque sorte, de temps perdu.

M. Larson nous a livré là une oeuvre unique, intense et passablement cynique dont on peine à croire, non seulement qu’elle est réellement fictive, mais encore qu’elle ne lui fut pas tout bonnement fatale.

M. Larson était journaliste. Comme Carl Bernstein et Bob Woodward, qui sans aucun doute l’ont inspiré, même si son Millenium a peu à voir avec le Washington Post, et les crapuleries suédoises qu’il y dénonce avec le Watergate.

Il semble même que ses personnages soient assez largement inspirés de ces héros de séries américaines récurrentes qui envahissent avec succès les écrans de tous les téléviseurs.

Les “affaires” d’argent sont souvent sordides, et l’investigation requise par l’enquêteur pour les déjouer (sans pour autant qu’une morale y soit implicitement revendiquée) le met souvent face à de véritables horreurs, tant morales que physiques. M. Larson se complaît ici à les décrire avec minutie, en vertu semble-t-il d’une évidente fascination.

Cette fascination du Mal n’a rien de nouveau, qui date de l’humanité. Mais son étalage, lui, est récent. La multiplication des media de communication nous l’inflige à longueur de temps sur les écrans, les ondes, les éventaires, les lieux d’exposition. La pornographie la plus abjecte est accessible à qui veut la trouver. Les photographes de presse nous repaissent d’images infâmes et inutiles qui banalisent ce mal qu’ils prétendent dénoncer. La littérature s’en était depuis fort longtemps emparée, mais du moins servait-elle incidemment à valoriser la Vertu.

La société que M. Larson nous dépeint ressemble à ce que pourrait être la nôtre si elle devait se conformer aux préceptes d’un Michel Onfray, détracteur inlassable de la pratique religieuse et guru patenté de ses contempteurs. Une société centrée sur la seule satisfaction du soi, libre et seul au sein de la multitude. Une société sans partage, sans âme, sans joie. Où tout est permis, sans limite. Une société où, paradoxalement, tout est mis en oeuvre pour culpabiliser ceux et celles qui ne se conformeraient pas aux usages d’une morale compassionnelle et mercantile, trop prosaïquement rédemptrice.

C’est donc avec stupeur que j’ai trouvé, dans le dernier numéro de Croire, un avis plutôt favorable à s’y plonger, car les eaux de ce Millenium sont troubles, et, pour un chrétien, vraiment troublantes.


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