Billets taggés ‘Arte’
Aimer son Ennemi
Dans la tonitruance médiatique des célébrations de Berlin, Arte nous a servi ce soir un de ces contre-exemples qui invitent à la réflexion sur la réalité des choses. Certes son titre assez ridicule “la prison de l’amour” ne laissait rien supposer de la qualité de ce film allemand de Connie Walther (qui sera rediffusé le 15 novembre) et qui nous dit-on scandalisa – on peut a priori les comprendre- les victimes de la Stasi.
Il s’agit là d’une histoire improbable et pourtant vécue qui défie notre sens commun : celle du coup de foudre réciproque qui saisit dès leur rencontre, au milieu des années 80, une militante des droits de l’homme arrêtée par la Stasi et son officier interrogateur.
Pendant huit mois, ils s’affronteront lors de son interrogatoire, mené fort courtoisement (rien à voir avec l’ambigü Portier de nuit) et c’est seulement à son terme, une fois le dossier “bouclé” qu’il lui avouera son amour , puis elle le sien, avant de la mener en prison où elle passera deux ans et demi. Douze ans plus tard, elle parvient à le retrouver : rien dans leur sentiment n’a changé. Lui seul se transforme, conscient enfin de ce qu’il a été et décide, pour la première fois sans doute, d’assumer son choix, libéré grâce à elle de toute influence.
L’amour a ceci de prodigieux qu’il s’installe souvent où l’on ne l’attend pas, par surprise, en somme. Son dard transgresse toutes les lois humaines ne s’attachant, en somme, qu’à celles des cieux , mais aveugle souvent ses destinataires de leur propre désir. Mais il s’agit ici d’un amour durable, que rien ne semble altérer. L’histoire s’achève comme un conte, par le mariage dix ans plus tard des protagonistes. Vingt deux ans d’amour, en somme, cela n’est pas rien, entre “ennemis”.
La jupe d’Adjani: plaidoyer ET réquisitoire pour l’Enseignement français laïque ET obligatoire

Classe de lycéens à Kati (Mali) en 2005
Cette “Journée de la jupe” présentée hier soir par ARTE sera je suppose partie droit au coeur de nombreux enseignants, trop souvent nommés “profs” et dénués dès lors, de tout de le poids légitime de leur fonction.
Une classe comme celle-ci, au Mali, les ferait rêver, quand certains, trop d’entre eux cauchemardent aujourd’hui à l’idée de se présenter devant des individus instables et déchaînés dans des lycées qui ne sont pas seulement de banlieues ou de “cités”.
Pour ma part, je salue cette entreprise téméraire. Téméraire, parce qu’elle montre sans aucun doute UNE réalité. Qui ne satisfait a priori que les medias, toujours si prompts à s’en emparer et à lancer sur le sujet de pieux débats.
Tous les thèmes du malaise social sont abordés ici, avec vigueur, avec excès, mais toujours sur le registre du plausible. Ce qui se passe entre les murs , Laurent Cantet venait de le montrer. Mais les élèves étaient plus jeunes. Ici, ce sont des hommes, déjà, ou presque.
J’avoue n’avoir pas vu en Isabelle Adjani l’actrice mûrie qu’elle est devenue, c’est notre sort à tous, mais la conviction de ce qu’elle représente, à l’instar d’autres personnalités en vue ou non issues comme elle d’une immigration extra-européenne, d’efforts, de patience, de contrainte pour parvenir à cet état souverain de citoyen libre, assumé et autonome.
Certains se gausseront d’une idée qui paraît aujourd’hui dérisoire : la jupe. Sans doute pas tous ceux qu’inquiète le poids des cultures sur le sort de tant de jeunes filles et qui se démènent pour y remédier.
Quant à la violence qui règne, elle fait la une des quotidiens et n’est, malheureusement, pas près de cesser. Molière n’y pourra pas grand chose. Mais le port d’uniforme dans les écoles pourrait peut-être, comme on l’a retrouvé il y a quelques années dans le Bronx et à Manhattan, et comme c’est l’usage un peu partout ailleurs, contribuer à calmer le jeu.
Vénus & Apollon (2) sur Arte, n’oubliez pas de coucher les enfants
Tonie Marshall, qui a pu ajouter à son talent un gros budget, ne nous épargne ici rien de ces petites turpitudes qui ont la faveur des “publics” : gravelle, fraude, crime, vengeance, violence, sexe à tous les niveaux et, last but not least, une incroyable perversité. Ces ingrédients, finalement communs à toutes séries B, sont traités ici une qualité (scenario et excellence de jeu des acteurs) qui rendent son impact d’autant plus redoutable.

Hermaphrodite endormi, G.Bernini (Louvre)
Car on se laisse prendre à une intrigue qui, quoique récurrente, fait assez date pour figurer chez Wikipedia, au même titre que ‘autres séries d’Outre-Atlantique que je ne citerai pas ici. Cette saison a nous dit-ont été conçue de la même manière. Pour le même résultat ?
Certes, on ne verra ici qu’un aperçu sociétal assez limité à un environnement précis, mais qui en fin de compte relie entre elles des couches de notre société bien plus diverses qu’il n’y paraît. Ce qui se passe là (à Paris) peut se passer ailleurs, dans l’indifférence la plus totale. N’y aurait-il plus guère, aujourd’hui, que des intégristes pour s’offusquer de l’état (exhibé) de certaines moeurs ? Qu’en pensent les parents ?
Alors que l’on ne parle que de protection de l’enfance, il serait peut-être opportun de se demander pourquoi cette série, à l’instar de celles qui animent les écrans plus visibles d’autres chaînes aux mêmes heures de grande écoute, n’est pas elle aussi affublée en bas d’écran de la mention habituelle du CSA.
-10 (moins de 10 ans) en limiterait peut-être certains dégâts.
A moins qu’il ne soit trop tard, et depuis bien longtemps déjà.
Arte Info : Elections, chômage : L’information réformée par des chiffres inexacts, mensongers, ou non vérifiés
Alors là, je ne me retiens plus : fidèle de la chaîne (sans publicité), et n’en demeurant pas moins très circonspecte quant à son objectivité, je constate depuis quelques jours que l’on nous “balance” des chiffres furieusement érronés, sortis d’on ne sait où. Ce furent d’abord, cette semaine, ceux de la campagne électorale des candidats à la Présidence des Etats-Unis, oh, trois fois rien, quelques dizaines de millions pour l’un et l’autre, genre 60 et 80. Pour mémoire, on est parvenu a plusieurs CENTAINES, ce qui n’est pas exactement la même chose. (voir mon billet précédent)
La tendance hier était inverse et plutôt haussière dans le triste domaine, cette fois, du chômage : la charmante présentatrice allemande n’hésita pas un instant à nous présenter un tableau (qui donc a bien pu l’établir, celui-là ?) présentant l’accroissement du chômage en France : + 8000, (ce qui est exact) soit 3.869.400 !. Quand on sait que le même jour, le chiffre officiel (1.957.600) était disponible dans tous les autres medias, on ne peut que s’interroger sur la validité du reste des informations fournies par la chaîne…..
Devant l’énormité de la chose, j’ai bien sûr attendu un démenti, ou à tout le moins des excuses. Mais j’ai attendu en vain.
Allons, messieurs d’Arte Info, si prompts souvent à la pose, contrôlez vos sources, c’est le b.a. ba du métier !
“Planet Earth” (Planète terre) : la beauté du monde comme on ne l’avait jamais vue
Décidément, la BBC a bien du talent : celui d’avoir conçu un projet aussi immense que la réalisation de ce fabuleux documentaire, une série de 11 exactement, confiée à de véritables génies de la prise de vue, parmi lesquels on peut citer principalement Alastair Fothergill, et toutes les équipes de professionnels qui l’ont accompagné dans ce périple de 5 ans. Arte le diffuse en ce moment et le rediffusera encore en juillet.
On peut imaginer, même si aucune longueur n’est jamais apparente, le temps qu’il a fallu, la maîtrise des équipements, la maîtrise de soi tout court, pour saisir dans toute leur intensité ces instants de vie, de lutte, de struggle for life inhérent à toutes les formes de vie sur notre planète, dans leur totalité : sur sa surface, sa profondeur et son altitude.
C’est toute la réalité de la Création du Monde qui est saisie ici (d’aucuns peuvent y voir l’illustration de ce que Joseph Haydn aurait pu y décrire, s’il ne l’avait, seulement, imaginé), et des conditions de sa survie : une organisation implacable des espèces minérales, végétales et animales dont l’homme est ici intentionnellement exclu, comme à l’origine du monde. C’est dire qu’en matière de prédation, l’homme a pu trouver, comme on le voit, bien des modèles dans la Nature. A ceci près que les espèces s’auto-régulent dans un schéma quasi immuable ; certaines parviennent à s’adapter à de nouvelles conditions de vie, d’autres pas. La Terre continue pourtant à tourner.
Voilà en tous les cas une “leçon de choses” plus efficace à tous égards que bien des discours.
On peut en avoir un aperçu sur ce site : planet earth discovery


