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Pauvre à crédit, suite : le nouveau piège des banques
J’ai eu la bonne inspiration d’aller hier chez le coiffeur : dans ce dernier salon où l’on cause, j’ai appris que rien (et surtout pas la crise) ne pouvait freiner la rapacité des banquiers.
Une de nos grandes banques (que je ne nommerai pas, mais les autres la suivent) a sorti l’été dernier, en plein focus sur les dérives du crédit renouvelable, un nouveau gadget : la carte de paiement alterné. Il faudra être vigilant en sortant sa Visa et préciser la bonne case de paiement : comptant ou à crédit. Car ce crédit (renouvelable) sera tout aussi (ou presque) ruineux que celui qui a mis l’Américain moyen par terre et avec lui tout un système.
Le scandale, car c’est véritablement un scandale, est qu’il est quasiment impossible aujourd’hui d’obtenir un prêt, beaucoup moins rentable pour ceux qui sont censés les octroyer que l’offre permanent de renouvellement.
Mon audience étant extrêmement limitée et les commentaires à mes billets presque inexistants, je gage que cette alerte, que je voudrais écrire en rouge, aura bien peu d’effets. Las ! une protestation massive serait pourtant opportune, quand de part et d’autre de l’Atlantique on cherche à coup de milliards, à renflouer une économie croulant sous la perversité.
Je n’aurai qu’un mot, un conseil : surveillez vos arrières, vos arrierés et surtout faites vos comptes !
Le refus de croissance, un luxe impossible pour ceux qui n’ont rien
Ce qui fut, depuis au moins quarante ans, une mode limitée à quelques groupuscules de contrôler voire rejeter toute forme abusive de Consommation, serait en passe de devenir un modèle de comportement pour des tranches de plus en plus étendues de Français, et pas seulement.

Hierarchie des besoins humains (Pyramide de Maslow)
Il n’en demeure pas moins qu’aujourd’hui, en temps de crise- et celle que nous n’avons pas encore fini de vivre promet d’être assez fameuse – “l’objection de croissance” ne concerne que les mieux nantis. J’ai encore à l’esprit ce vieux souvenir, la fameuse pyramide de Maslow qui définit, en quelque sorte, la gradation des besoins humains.
L’impact de l’Ecologie, (suivant Haeckel) indépendamment des enjeux politiques qu’elle représente et dont je me garderai bien de parler ici, a tout de même fini par se faire sentir comme en témoigne le récent rapport Mc Kinsey. Je ne peux que m’en réjouir, n’ayant jamais été moi-meme adepte ni usager de toutes sortes de gaspillages.
Gaspillage est le terme le plus approprié pour définir la plupart de nos comportements pendant les cinq dernières décennies, en terme de consommation d’énergies, de matières ou d’objets et certainement plus encore de potentiels humains. Mais en revenir, comme cela semble être en cours aujourd’hui signifie aussi en avoir déjà largemet profité.
Je ne peux donc m’empêcher de penser ici à ceux qui, au bas de l’échelle, ont toujours faim, n’ont pas d’eau (et moins encore courante) ni même de lieu fixe et surtout paisible où ils pourraient tenter de vivre, fût-ce seulement sur leur propre modèle, celui d’une culture qui ne sera jamais la nôtre. Certains sont déjà dans ce cas chez nous, je les évoqués ici. Ils ne demanderaient pas mieux, certains d’entre eux du moins, que de pouvoir “consommer” ne fût-ce que a minima.
Comme le chantait Léo Ferré il y a si longtemps déjà, “les temps sont difficiles….”. C’était à l’époque où la Chine, une grande partie de l’Inde dormaient encore. Si pour elles les temps sont devenus et deviendront encore (probablement) meilleurs, c’est bien à leur croissance qu’elles le doivent. C’est généralement le cas de tous les pays qui peuvent offrir à la plus grande partie de leurs habitants un certain niveau de bien-être et de prospérité qui ne s’épanouissent à terme que dans la paix et un certain nombre de libertés.
Si le tropisme exercé sur le monde par l’Orient est en voie de supplanter celui de l’Occident, il me semble (bien modestement) beaucoup plus opportun de modifier notre type de croissance que de souscrire à son refus. Les conséquences n’en paraissent que trop évidentes. en tous cas pour nous.
Crise, relance, investissements : Français figés dans la “negative attitude”
Ecoeurée. Je suis écoeurée par la réaction de tant de Français CONTRE. Contre tout, en somme. Contre le Pape. Contre le Président. Contre le Gouvernement. Contre les mesures. Contre le changement. Contre le mauvais temps.
Certes, il est de bonne guerre que l’on s’oppose. Il en est de meilleure encore que l’on propose. Et que propose-ton ? L’impossible, dans l’immédiat, le court terme. Sans jamais penser à demain. Ce demain devenu aujourd’hui, il y a plus de vingt ans que la France l’a laissé passer. Le temps perdu par certains doit être rattrapé par d’autres et c’est bien maintenant ce qu’ils essaient de faire. Dans les pires conditions. Une crise qui certes est nationale, mais parce qu’elle touche aussi, plus fort encore, le monde entier.
Que fait donc Barack Obama, adulé par ces mêmes Français ? Il lance de grands chantiers (il était temps). Mais quelque soit l’état souvent déplorables des infrastructures aux Etats-Unis, ce qui n’est pas le cas des nôtres, leurs universités seront toujours les meilleures, à cause du système qui les fonde : Elles se gèrent elles-mêmes. Que ceux qui aujourd’hui prétendent, comme je l’ai entendu dire ce matin, que l’esprit de compétition qui va maintenant régner dans nos universités autonomes sera un frein à la recherche, que ceux-là fassent au moins amende honorable de leur hypocrisie.
Il n’y a que les gogos pour croire que la recherche se fait dans la sérénité d’équipes égales et solidaires. Dans ce domaine là plus qu’ailleurs, c’est la qualité des chercheurs et l’esprit de compétition qui mènent les travaux, et leur financement qui les fait progresser et parfois aboutir.
La prospérité, dans des sociétés comme la nôtre, est la seule condition possible à l’indispensable prise en charge des plus faibles et des plus démunis.
Ce n’est pas en se focalisant sur la satisfaction immédiate de besoins certes légitimes que l’on peut parvenir à retrouver l’équilibre et les emplois perdus. Les conditions d’une nouvelle prospérité passent assurément par l’ adaptation en cours de tout ce qui chez nous s’est trop longtemps figé : Education, recherche, création, financement et innovation.
On devrait plutôt mesurer la chance de n’être pas, chez nous, au Zimbabwé. De disposer d’une (grosse) poignée d’hommes, de femmes attelés à ce travail immense qui consiste à gérer, relever et maintenir en bon état de marche un pays assailli par tant de tempêtes, et tant d’acrimonie. Certes, on leur connaît des privilèges, mais ils sont assortis à l’ampleur d’une tâche qui les rend corvéables… à merci.
Oui, je suis écoeurée par tant de dédain, de rejet, de refus quand ce n’est pas tout bonnement de la haine. Cette haine qui n’engendre jamais que le pire, ce pire dont j’aimerais être sûre qu’il n’est jamais certain.
Pauvre à crédit ou pauvre tout court : quand les lendemains déchantent
Depuis quarante ans et plus, notre économie aura en grande partie reposé sur le crédit. Les octogénaires d’aujourd’hui ont à ce titre largement bénéficié de ses largesses : ils ont pu, sans douleur, devenir propriétaires de leur logement à une époque où les taux d’intérêt étaient largement rattrapés par ceux de l’inflation. Ceci étant, ils étaient encore rares, dans ces années grasses, à y consentir : on imaginait alors assez mal, au début des années soixante, que l’endettement (le crédit sollicité) pouvait signifier un quelconque enrichissement (la propriété). On avait encore présent à l’esprit cette approche “morale” : vivre selon ses moyens. Pour le moins chez nous. Car déjà, outre-Atlantique, la pratique du crédit se développait. On y vivait déjà au-dessus de ses moyens avec l’argent des autres.
Elle s’étendit peu à peu à tous les “marchés”. Emprunter devint rapidement, en quelques années, une quasi norme pour la plupart des gens contraints par le même “marché”, à assouvir sans le moindre délai des besoins, sans cesse sollicités par les “études de marché”, de produits toujours plus “nouveaux”, et sans cesse améliorés, (Nouveau! indiquait la pub), rendus chaque jour plus indispensables par le matraquage constant d’une communication publicitaire de plus en plus élaborée, assez sans doute pour être perçue et reçue par les esprits les plus démunis et les moins structurés comme une véritable “culture”. Celle de la CONSOMMATION.
Il y a peu encore, tout était devenu, chez nous, matière consommable : rien, pas même le “religieux” n’échappe plus aujourd’hui à l’approche mercantile, aux lois immondes de la communication commerciale, à cette prise en otage des individus pas les tous ces sbires du “marché” , les “écrans publicitaires” et ceux qui les font, à très grand prix et très grands bénéfices.
Un cercle vient de s’ouvrir qui pourrait être vertueux s’il ne pouvait, à terme, mener de manière vicieuse au désespoir : le surendettement des uns, le manque de crédit pour d’autres, la pauvreté pour un grand nombre mais, plus lourd encore : la prise de conscience à venir, par les uns et les autres, de l’inanité d’une certaine forme de “consommation”.
Que pourra-t-il rester alors d’un monde (le nôtre) qui ne reposait, pour la plus grande part, que sur l’assouvissement immédiat d’un désir “fabriqué” de biens ou services, quand ce désir lui-même sera bloqué non seulement par le manque, bien réel cette fois de moyens, mais encore par un sursaut de conscience invitant à le modérer ? Le prix peut-être de notre difficile liberté , ou peut-être la rançon d’une éducation où, pour emprunter à Emmanuel Lévinas, les enfants sont “éduqués dans la confusion morale sans distinction du bien et du mal (..), sans savoir reconnaître la misère dans les illusions du bonheur et dans le pauvre bonheur des contents et des repus” ?
Peut-être nous faudra-t-il alors reconsidérer notre notion de pauvreté. Elle est encore bien large face à ce qui s’annonce. Si l’on est considéré comme pauvre en France avec 800 euros par mois, que dire des retraités qui, dans nos campagnes en touchent moins de 500.
La Croix publiait dernièrement, à la demande de diverses associations, la liste des 129 “morts de la rue” de la saison d’été (avril à octobre 2008). Quelle est donc leur histoire, aujourd’hui achevée ? Celle du Malheur sans doute. Pour autant, rien n’est jamais certain ni définif. Un homme à terre arrive parfois à se relever : c’est à chacun de nous de lui tendre la main.



